Avril – Contemplation
Mois d’Avril
« Au seuil de la contemplation »
Saint Bernard
Frères, je vous en supplie, soyons toujours sur nos gardes, car c’est le temps du combat. Ce n’est pas dans notre misérable corps, mais dans notre cœur, ce lieu qu’habite le Christ, qu’il nous faut, selon le jugement et les conseils de notre intelligence, établir notre existence de manière à ne pas mettre notre confiance en celui-là, et à ne pas placer notre appui en une fragile défense. Au contraire, aménageons-nous une place sur le rempart, en nous appuyant de toutes nos forces sur ce rocher inébranlable qu’est le Christ, selon cette parole de l’Écriture : « Il a posé mes pieds sur le roc, il a raffermi mes pas ». Ainsi établis et réconfortés, contemplons-le, pour voir ce qu’il nous dit et savoir que répondre à qui nous fait reproche.
Le premier degré de la contemplation en effet, mes bien-aimés, c’est de considérer sans cesse ce que veut le Seigneur, ce qui lui plaît, ce qui est agréable à ses yeux. Tous, nous l’offensons sur beaucoup de points, notre cœur tortueux blesse la droiture de sa volonté, et cela nous empêche de nous unir, de nous attacher à lui. Humilions-nous donc sous la main puissante du Dieu très haut et soyons surtout préoccupés de nous présenter, misérables, devant les yeux de sa miséricorde en disant : « Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri, sauve-moi et je serai sauvé », et encore : « Prends pitié de moi, Seigneur ; guéris mon âme, car j’ai péché contre toi ».
Lorsque l’œil du cœur sera purifié par ce genre de pensées, nous cesserons désormais de nous tenir dans notre propre esprit, avec amertume, mais nous nous tournerons vers l’Esprit de Dieu, avec un immense bonheur. Dès lors aussi, nous ne considérerons plus quelle est la volonté de Dieu sur nous, mais quelle est cette volonté en elle-même. Car « la vie réside en sa volonté », de sorte que rien, absolument, n’est plus utile et plus avantageux que de s’accorder à sa volonté. Et c’est pourquoi, plus nous aurons à cœur de conserver la vie de notre âme, plus il nous faut prendre soin aussi, dans la mesure du possible, de ne point nous écarter de la volonté de Dieu.
Ensuite, lorsque nous aurons progressé quelque peu dans l’ascèse spirituelle en suivant comme guide l’Esprit Saint qui scrute même les profondeurs de Dieu, nous nous représenterons comme le Seigneur est doux, comme il est bon en lui-même. Nous prierons avec le prophète pour voir quelle est la volonté du Seigneur, et pour fréquenter non plus notre cœur, mais son temple. Et avec ce prophète, nous dirons encore : « Mon âme en moi s’est troublée ; c’est pourquoi je me souviendrai de toi ».
C’est, en effet, dans cette double attitude que se résume toute notre vie spirituelle : un regard sur nous-mêmes qui doit nous remplir d’un trouble et d’une tristesse salutaire ; un regard sur Dieu qui va nous donner de reprendre souffle en lui, et de trouver notre consolation dans la joie de l’Esprit Saint. Ainsi laissons naître en nous, d’une part la crainte et l’humilité, d’autre part l’espérance et la charité.
Saint Bernard – Sermons divers – Sermon 5, 4-5 (extraits)
Texte intégral – Sermons divers – Sermon 5