Catalogue de Noël

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Noel-2022-1

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Solennités en décembre

Cette page indique uniquement les Solennités et autres fêtes ou particularités du mois.
En dehors de ces jours, consulter les Horaires Messes et Offices

JEUDI 8 DECEMBRE – Solennité de l’Immaculée Conception

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

SAMEDI 10 DECEMBRE – Férie de l’Avent

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

SAMEDI 24 DECEMBRE – Vigile de Noël

Horaires à venir

SAMEDI 25 DECEMBRE – Solennité de la Nativité du Seigneur

Horaires à venir

VENDREDI 30 DECEMBRE – La Sainte Famille – Fête

Horaire habituel

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Decembre-2022


Décembre – L’avènement

Mois de décembre

« C’est à l’heure où vous n’y penserez pas, que le Fils de l’homme viendra »

Ecoutons Guerric d’Ignydecembre-2022-450

Sermon 2 pour l’Avent – 2-4 (extraits)

En vérité, mes frères, c’est dans l’exultation de l’esprit qu’il faut aller à la rencontre du Christ qui vient. (…) Que notre esprit se lève donc dans un transport de joie et s’élance au-devant de son Sauveur (…). Je pense, en effet, que nous sommes invités en tant de passages des Écritures à aller à sa rencontre pas seulement à propos du second avènement, mais même à propos du premier. (…)

Avant même son avènement, donc, que le Seigneur vienne à vous ; avant d’apparaître au monde entier, qu’il vienne vous visiter familièrement, lui qui a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens vers vous » (Jn 14,18). Car en cette période intermédiaire entre son premier et son dernier avènement il y a un avènement du Seigneur fréquent et familier, selon le mérite et la ferveur de chacun, qui nous forme selon le premier et nous prépare au dernier. (…) Par son avènement actuel il travaille à réformer notre orgueil, à nous rendre semblables à cette humilité qu’il a montrée dans son premier avènement, et à refaçonner « notre corps de misère à l’image de son corps glorieux » (Ph 3,21) qu’il nous montrera quand il reviendra. C’est pourquoi il nous faut désirer de tous nos vœux et demander avec ferveur cet avènement familier, qui nous donne la grâce du premier avènement et nous promet la gloire du dernier. (…)

Le premier avènement a été humble et caché ; le dernier sera manifeste et admirable. Celui dont je parle est caché, mais il est également admirable ; je le dis caché, non qu’il soit ignoré de celui à qui il arrive, mais parce qu’il advient secrètement en lui. (…) Il arrive sans être vu et il s’éloigne sans qu’on s’en aperçoive. Sa seule présence est pour l’âme et l’esprit une lumière qui fait voir l’invisible et connaître l’inconnaissable. (…) Cet avènement du Seigneur jette l’âme de celui qui le contemple dans une douce et heureuse admiration ; de son tréfonds jaillit ce cri : « Seigneur, qui est semblable à toi ? » (Ps 34,10). Ceux qui l’ont éprouvé le savent. Plaise à Dieu que ceux qui ne l’ont pas éprouvé en éprouvent le désir !

Bienheureux Guerric d’Igny (v. 1080-1157) – abbé cistercien
Texte intégral – 2ème Sermon pour l’Avent, 2-4 (extraits)


Solennités en novembre

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MARDI 1er NOVEMBRE – Fête de Tous les Saints – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

LUNDI 7 NOVEMBRE – Férie

Messe à 9h

VENDREDI 11 NOVEMBRE – Saint Martin de Tours – Fête

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

N.B. – le mardi 15 et les lundis 21 et 28, jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Novembre-2022    


Oct. Nov. – Synodalité

Mois d’octobre et de novembre

Ouvrons cette nouvelle année en synodalité

synode-pentecoteLettre de Pentecôte de Dom Mauro-Giuseppe Lepori, Abbé Général OCist. «Synodalité de communion»
(conférence précédemment donnée lors du Chapitre Général de l’OCSO en février 2022)

Chers frères et sœurs, en visite au Chapitre Général de l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, le 10 février dernier, en la fête de Sainte Scholastique, à la veille de l’élection de leur nouvel Abbé général, j’ai donné une conférence sur la synodalité qui a provoqué un bon dialogue tant dans l’assemblée qu’après. Je l’ai ensuite proposé à des Chapitres de Congrégation, et je me suis rendu compte qu’il serait utile pour l’ensemble de l’Ordre de la connaître, également pour nous préparer à notre Chapitre Général d’octobre prochain. C’est pourquoi j’ai pensé vous envoyer cette conférence comme une lettre de Pentecôte, également parce que la synodalité est peut-être l’un des principaux dons que l’Esprit Saint a fait à l’Église depuis ses origines. Aujourd’hui, le pape François nous invite à redécouvrir la nature synodale de l’Église comme une Pentecôte renouvelée au service de la nouvelle évangélisation de notre monde blessé et assoiffé de salut et de paix. Rejoignons-le, ainsi que tout le peuple de Dieu, dans ce désir et cet engagement, et prions pour que l’Esprit Paraclet fasse de nous, comme Marie et les apôtres, d’humbles serviteurs et de fidèles amis du Christ Rédempteur. Sainte Pentecôte à tous !

Le réveil de la synodalité

Depuis que le pape François a lancé le parcours synodal, en rappelant que la synodalité fait partie de la nature de l’Église, je suis de plus en plus conscient de combien notre charisme bénédictin-cistercien est marqué par la synodalité ecclésiale. Nous savons combien la Charte de Charité est un chef-d’œuvre de la conscience synodale de notre famille monastique, et combien la Règle de saint Benoît a inspiré cette conscience et cette expérience synodales chez nos premiers Pères. Je me rends compte que cette conscience et cette expérience auxquelles l’Église, 60 ans après le Concile, semble s’éveiller, provoquent en nous un éveil de la conscience et de l’expérience de notre charisme. Dans le concret de nos réunions capitulaires ou autres, dans la collaboration 2 entre nos Ordres et dans la Famille Cistercienne, ou plus largement dans la recherche de solutions aux problèmes et aux fragilités de nos communautés, par exemple dans les Visites régulières, nous nous rendons compte qu’aucune solution ne peut donner de l’espérance si elle ne marque pas le début d’un « chemin ensemble », d’un parcours synodal, dans lequel nous trouvons unité et énergie à la suite du Christ, « le Chemin, la Vérité et la Vie » qui nous appelle à le suivre avec amour et confiance.

« Thomas lui dit : “Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ?” Jésus lui répond : “Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie” » (Jn 14, 5-6).

Nous aussi, nous nous demandons toujours : « Comment pouvons-nous connaître le chemin », le chemin que nous devons parcourir aujourd’hui, peut-être dans la nuit ou dans le brouillard, peut-être après que les routes battues depuis si longtemps, qui nous rassuraient, se soient révélées impraticables, trop raides pour nos forces, trop glissantes à cause de la boue dont tant de nos erreurs ou de nos infidélités les ont recouvertes. Tant de ponts se sont effondrés, tant de tunnels se sont remplis de débris, tant de sentiers sont devenus trop dangereux pour être empruntés. Face à tout cela, la réponse du Christ à Thomas, le disciple désorienté, résonne clairement : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Et il ajoute : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,6).

Thomas, comme nous, doit comprendre qu’il ne trouvera pas de solution à sa perte d’orientation par la découverte d’un nouveau chemin praticable et sûr qui pourrait s’ouvrir devant lui par miracle, mais par une Personne présente qui dit avec certitude : « Moi, je suis le chemin ! » Tout à coup, Thomas et les autres apôtres se rendent compte qu’ils cherchaient le chemin en scrutant l’horizon, le futur, l’espace et le temps cachés par l’obscurité et le brouillard, alors qu’en fait il était juste devant eux, là avec eux, assis à la table avec eux. Ils ont saisi, mais pour l’instant sans trop le comprendre, que la route était un chemin avec le Christ, un voyage qui ne commençait pas d’abord par la construction de routes, de ponts, de tunnels, de chemins de montagne ou de pistes dans le désert, mais en s’asseyant, comme Marie de Béthanie, à la table de la communion avec Jésus et, par Lui, de la communion avec le Père, dans l’Esprit Saint.

La synodalité commence et se nourrit dans la communion et reste vraie et fructueuse, reste chrétienne si le chemin qu’elle implique demeure constamment un chemin avec le Christ et avec nos frères et sœurs dans le Christ.

Allez ! Je suis avec vous.

Je me suis rendu compte récemment que la dernière scène de l’Évangile de Matthieu décrit le début du parcours synodal de l’Église avec tous les éléments pour le vivre. « Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : “Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.” » (Mt 28,16- 20)

Jésus envoie ses disciples en mission vers toutes les nations et jusqu’au bout du monde avec la tâche de répandre la communion trinitaire dans toute l’humanité, en baptisant tous les hommes au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Il leur assure qu’il restera avec eux, c’est-à-dire en communion avec eux, chaque jour et pour toujours. Cela crée immédiatement une caractéristique incontournable de la mission chrétienne : elle ne peut avoir lieu que dans la communion des disciples entre eux. Jésus dit en effet « Allez ! » : c’est une mission déclinée au pluriel, que nous devons toujours vivre comme un « nous » ecclésial qui transmet le grand « NOUS » des trois Personnes de la Trinité.

Même pendant sa vie terrestre, Jésus n’a jamais envoyé un disciple seul en mission, mais toujours au moins deux. Il me semble que la seule fois où il a laissé un disciple partir seul, c’est lorsqu’il a dit à Judas, après lui avoir donné la bouchée : « Ce que tu fais, faisle vite » (Jn 13,27). Les autres pensaient que Judas avait reçu de Jésus une mission à remplir, mais c’est plutôt Satan qui venait d’entrer en lui, qui l’a poussé, qui a mu ses pas, qui l’a envoyé seul trahir la mission du Christ.

Ce n’est pas seulement pour une question pratique, de soutien mutuel, que le Christ envoie ses disciples deux par deux. En effet, lorsqu’il les envoie, il leur donne le pouvoir de guérir les malades, de chasser les démons, de ressusciter les morts, de survivre aux empoisonnements, etc. Si quelqu’un a tous ces pouvoirs, même s’il est seul, il devrait être invincible. Quel besoin aurait-il d’un soutien fraternel ? En réalité, Jésus veut que la mission des disciples témoigne d’une force dans la faiblesse : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » (Lc 10,3), et il ajoute ensuite qu’ils ne doivent pas prendre avec eux de l’argent, ni des réserves, ni d’objets utiles à la mission. Pourtant, il venait de dire que les ouvriers sont peu nombreux (cf. Lc 10,2). Mais au lieu de leur fournir des défenses, des armures, de leur permettre de former une petite armée pour défendre leur sécurité, il les envoie sans armes, sans protection, sans moyens, les exposant au martyre.

La substance de la mission

Tout cela met en évidence l’importance de la seule chose que Jésus permet de porter avec soi dans la mission : l’amour fraternel, l’amitié, l’attention mutuelle, bref, la communion. Les disciples n’en ont pas besoin pour être forts ou pour résoudre les difficultés du chemin, mais précisément pour évangéliser non seulement en parlant de l’événement du Christ, mais en le transmettant, en en transmettant l’expérience, et une expérience actuelle, pas seulement une expérience du passé, ou peut-être une expérience promise pour l’avenir. La communion fraternelle dans le Christ est la substance de la mission, de toute la mission de l’Église, même de la mission des monastères. La communion est la raison, la méthode et le but ; l’origine, le sens et la finalité de la mission de l’Église. Immédiatement après que Judas eut quitté le Cénacle, Jésus en a parlé aux apôtres qui restaient : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,34-35)

La communion, c’est l’amour mutuel, s’aimer les uns les autres. C’est la flamme de l’amour que Jésus a allumé chez ses disciples, qu’il a allumé dans l’Église en nous aimant jusqu’au bout, en nous lavant les pieds, en nous parlant du Père et en restant vraiment présent parmi nous.

L’indissolubilité entre communion et mission est exprimée par deux paroles similaires du Christ qui se reflètent comme deux pans au milieu desquels se déroule tout le mystère pascal de la mort et de la résurrection du Seigneur : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » (Jn 15, 9)

«“La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.” Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : “Recevez l’Esprit Saint”. » (Jn 20, 21- 22)

La communion est cet amour trinitaire entre le Père et le Fils dans le don de l’Esprit qui est rayonnant par nature. La communion communique. La communion est par nature une communication. Et la mission est la communication de la communion. Sans communion, il n’y a pas de mission. La communion est la substance de la mission. La communion seule est donc le sujet de la mission. Dans le sens où, s’il n’y a pas une expérience de communion, une réalité de communion, c’est-à-dire une communauté, ne serait-ce qu’entre deux personnes, un être ensemble, un « nous », s’il n’y a pas cela, la mission deviendrait comme la lumière de ces étoiles éteintes depuis des millions d’années et qui nous parvient seulement maintenant. Nous nous tromperions sur l’existence de ces étoiles. En réalité, cette lumière n’a plus de source, elle n’a plus de substance, il n’y a plus de sujet qui la rayonne.

Mourir à soi-même pour vivre en communion

Allez… Baptisez… Enseignez… « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,19-20). Il faut que le Christ reste toujours avec nous en nous aimant comme le Père l’aime pour nourrir la communion fraternelle à étendre à tous les peuples,

J’ai l’impression que la grande crise de la mission de l’Église, à tous les niveaux, même dans nos Ordres monastiques, n’est pas tant une crise de l’engagement missionnaire, mais précisément une crise de la communion, du vécu de la communion du Christ. Et nous risquons de gaspiller la grâce de ce temps si nous ne comprenons pas ce qu’est la conversion à la communion que nous demande la synodalité pour être fructueux en tant que mission. En d’autres termes, j’ai l’impression qu’en vivant la mission de l’Église, à tous les niveaux, ce n’est pas tant la mission elle-même qui fait peur, mais la communion. Pourquoi ? Parce que pour vivre la communion, plus qu’une décision extérieure, plus qu’un engagement extérieur, il nous est demandé une conversion intérieure, il nous est demandé de vivre un processus qui nous change en profondeur. Même la mission exige certainement une décision intérieure, elle exige la charité, elle exige le sacrifice, la capacité d’annoncer, de témoigner jusqu’au martyre. Mais c’est surtout la communion qui appelle une conversion profonde de soi, un passage de nature pascale, une entrée dans la vie qui passe par une mort. Parce que la communion 5 demande un passage du « je » au « nous », un passage dans lequel le « je » doit mourir pour ressusciter.

On ne devient pas « nous » par simple addition, mais par une transformation pascale. Le « je » ne devient pas un « nous » simplement en ajoutant d’autres « je » à mon « je », comme on ajoute d’autres pièces de monnaie à celle que je possède. En effet, Jésus a choisi la parabole du grain de blé pour expliquer comment on passe du « je » au « nous » : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » (Jn 12,24-25)

Jésus nous rappelle que la fécondité consiste à « ne pas rester seul », à devenir un « nous ». On n’est pas fécond si on est fort, beau, intelligent, nombreux. Nous sommes féconds si nous vivons la communion. Celui qui pense aimer sa vie en aimant son propre individualisme, son propre confort, son propre gain, son propre intérêt, sa propre gloire, celui-là perd sa vie. C’est pourquoi Jésus nous appelle littéralement à « haïr », non pas tant la vie, mais l’image fausse, égocentrique et autonome de la vie que nous portons en nous à cause du péché.

La communion fait peur car elle implique la mort de soi. Lorsque Jean écrit dans sa première lettre : « Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort » (1 Jn 3,14), en réalité il nous fait comprendre que pour que l’amour fraternel nous fasse passer de la mort à la vie, il est nécessaire de mourir à la fausse vie qui consiste à s’aimer soi-même.

Les degrés de la résurrection

Comment s’opère cette renaissance à une communion qui rayonne la présence et l’amour du Christ ?

Plus je médite la Règle de saint Benoît, plus je réalise qu’elle nous propose un processus de conversion à la communion du Christ. Toute la Règle propose et repropose des étapes pour grandir dans la vie de communion pour passer, à travers la mort de notre faux « moi » isolé, à la vie pascale du « moi » dans le « nous » ecclésial.

Il me semble alors utile, au service du Chapitre Général et de nos choix et décisions, de méditer ensemble le bref mais intense chapitre 3 de la Règle, car il décrit précisément une méthode de synodalité et de discernement dans la communion.

Il traite de la convocation des frères en conseil. Le verbe utilisé parle précisément de « convocation », et pour cette raison il rappelle le sens originel du terme « Ekklesia », tel qu’il était utilisé dans l’ancienne Grèce, qui désignait l’assemblée populaire dans laquelle les questions d’intérêt général étaient discutées et décidées, et à laquelle participaient tous les citoyens en pleine possession de leurs droits et avec le droit de parole et de vote.

L’étymologie du mot, comme vous le savez, est basée sur le verbe kaleo, appeler, inviter, convoquer, précédé de ek, c’est-à-dire : de, hors. Il donne l’idée d’une convocation par élection, d’une assemblée à laquelle on est appelé par appel personnel, par choix ou de droit, comme l’était l’assemblée des citoyens dans l’ancienne Grèce.

Les chrétiens se sont appropriés ce terme pour désigner la communauté des croyants dans le Christ, le nouveau peuple d’Israël, convoqué pour se réunir en assemblée de communion, tant liturgique que sacramentelle, et de discernement, au service des décisions sur lesquelles on s’accorde pour continuer à marcher ensemble à la suite du Christ, le grand et bon Pasteur de nos âmes.

Lorsqu’une communauté particulière, de moines ou de moniales, ou une communauté de communautés comme le sont nos Ordres, se rassemble, elle doit donc renouveler sa conscience d’être Église, d’être une assemblée de personnes appelées par Dieu à vivre la communion dans le Christ et à l’exprimer comme une mission dans le temps présent, en s’adaptant aux circonstances, en lisant les signes des temps. L’abbé, le supérieur, a la responsabilité d’être le premier à s’en souvenir et à aider les frères à exercer une véritable synodalité de communion.

Comme je le disais, cela exige une conversion, une mort à soi-même, parce que c’est surtout de cette manière que le supérieur et les frères sont appelés à passer du « je » autonome au « nous », c’est-à-dire au « je » en communion, au « je » fraternel.

Je voudrais donc souligner, au chapitre 3 de la Règle de saint Benoît, trois points fondamentaux de la manière dont cela peut se produire. Il me semble que Benoît décrit certaines dimensions fondamentales de la synodalité de communion que nous devons tous approfondir et exercer, aujourd’hui plus que jamais dans la situation dans laquelle se trouvent l’Église et nos familles religieuses. Si nous semblons manquer de vitalité, c’est peut-être précisément parce que nous n’acceptons pas de passer de la mort à la vie à travers un processus de communion fraternelle.

1. Se rencontrer

Le premier aspect qui ressort est l’importance de se rencontrer tous ensemble. « L’abbé convoquera toute la communauté » (RB 3,1). Il n’est pas acquis que nous partions de cette préoccupation. Je constate dans mon ministère que les communautés ont du mal à se rencontrer, à se rassembler, à se réunir pour partager ce qu’on pense, ce qu’on vit, ce qu’on expérimente. Et pourtant, comme je l’ai déjà dit, c’est en fait cela la caractéristique fondamentale de l’Église : être une assemblée d’appelés, de personnes appelées à être une assemblée, une « congrégation », comme saint Benoît définit ici la communauté, c’est-à-dire, littéralement, un troupeau qui est ensemble, et donc qui reconnaît un seul berger, comme le dit Jésus au chapitre 10 de Jean : « Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. » (Jn 10,14-16). Comme nous le chantons dans le Ubi caritas : « Congregavit nos in unum Christi amor ».

Cette négligence à se rencontrer n’est pas un problème d’aujourd’hui : elle existait déjà dans l’Église primitive, comme le dénonce la lettre aux Hébreux : « Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour du Seigneur. » (He 10,24-25)

Nous évitons quelque chose pour deux raisons : parce que nous n’y attachons pas d’importance ou parce que nous en avons peur. J’ai de plus en plus l’impression que, même derrière l’indifférence, il y a une peur, une peur de la réalité, parce que la rencontre, la rencontre avec ses frères et sœurs est une immersion dans la réalité de l’autre qui me révèle ma propre réalité, et cela fait peur. Mais quand on y consent, quand on abandonne la résistance et on obéit à la réalité des autres, en les rencontrant vraiment, normalement la réalité de l’autre se manifeste dans sa vraie beauté, et qu’elle est bonne pour moi, une réalité « très bonne », comme le dit Dieu lui-même après avoir créé l’autre par rapport à Lui-même qu’est l’homme (cf. Gn 1,31).

Caïn a eu peur de vivre en se heurtant continuellement avec la bonté d’Abel, alors il le tue. S’il avait cherché la rencontre avec son frère, s’il lui avait parlé, s’il l’avait écouté, il aurait découvert que la compagnie d’Abel pouvait lui faire du bien, lui apprendre à mieux vivre, à avoir une relation plus profonde, plus généreuse, plus confiante avec Dieu.

Je suis toujours ému par la scène de Jacob rentrant chez lui avec femmes, enfants et nombreux biens, et apprenant que son frère Ésaü vient vers lui. Il est terrifié. Il ne sait plus quelle tactique utiliser, quelle astuce diplomatique inventer pour pallier une réalité qu’il ne peut imaginer autre que négative et hostile. Mais lorsqu’il se retrouve face à Ésaü, il se rend compte que son frère l’aime, qu’il pleure de joie de le revoir, de l’embrasser, et qu’il a oublié toutes les tromperies que la ruse de Jacob lui a fait subir en profitant de sa rudesse.

« Jacob leva les yeux. Il vit qu’Ésaü arrivait, et avec lui quatre cents hommes. Il répartit alors les enfants entre Léa, Rachel et les deux servantes. En tête, il mit les servantes et leurs enfants, puis Léa et ses enfants, et derrière, Rachel et Joseph. Quant à lui, il passa devant eux et il se prosterna sept fois, face contre terre, avant d’aborder son frère. Ésaü courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent. » (Gen 33,1-4)

Le fait de se réunir dans l’Église, dans nos communautés, ne devrait pas être quelque chose qui se produit uniquement lorsque nous y sommes obligés. Cela devrait être une réponse aimante à une invitation pleine d’amour, comme lorsque le roi de la parabole invite aux noces de son fils (Mt 22,1ss). Comme il est difficile d’avoir le désir de se réunir en toute liberté ! Qu’elle est souvent petite notre joie de rencontrer nos frères et sœurs ! Souvent nous ne sommes pas conscients que la rencontre dans l’Église, le fait d’être ensemble dans la communauté, dans l’Ordre, n’a pas un caractère politique, fonctionnel, diplomatique, mais théologique, parce que c’est une manière essentielle de réaliser en nous et parmi nous l’image de Dieu-Trinité que nous sommes et que nous sommes appelés, invités, à devenir de plus en plus. En avoir peur, ou le rejeter par orgueil, est littéralement « diabolique », c’est l’œuvre du « diviseur » qui veut détruire en l’homme l’image de Dieu que le Christ a régénérée par sa mort et sa résurrection et par le don de l’Esprit de Pentecôte.

Les personnes ou les communautés qui acceptent de se rencontrer s’ouvrent à la surprise d’un miracle de communion que l’Esprit veut toujours réaliser au milieu de nous.

2. Écouter tout le monde

Le deuxième aspect que saint Benoît souligne au chapitre 3 de la Règle, directement lié au premier, est que nous devons tous nous écouter les uns les autres. L’abbé n’est pas le seul à devoir écouter, sinon il n’y aurait pas besoin de convoquer toute la communauté, il lui suffirait de faire le tour des moines et de demander à chacun de s’exprimer. Mais non, il est important pour chaque membre de la communauté d’écouter l’ensemble de la communauté. L’écoute ecclésiale n’est pas tant une consultation qu’un partage.

Saint Benoît insiste sur l’écoute de chaque frère, même le plus jeune, c’est-à-dire le dernier, car la conscience de ce qui est le mieux, de ce que Dieu veut de nous, est un consensus qui s’obtient en formant un collier d’anneaux qui s’insèrent les uns dans les autres, et ce n’est que lorsque le dernier anneau est joint au premier que le collier est formé, qu’il est beau et qu’il est solide.

L’écoute dont parle saint Benoît n’est pas une question de droits démocratiques : elle a une importance théologique. « Nous avons dit qu’il faut appeler en conseil tous les frères parce que souvent le Seigneur révèle au plus jeune ce qui est meilleur » (RB 3, 3). Il s’agit d’écouter Dieu, et en écoutant Dieu, nous sommes certains de savoir « ce qui est meilleur », ce qui est davantage bon, vrai et beau pour nous.

Ainsi, cette conscience de la préférence de Dieu pour le plus petit, le dernier, le moins important à nos yeux ou aux yeux du monde, devient une discipline non seulement d’écoute mais aussi de parole. Chaque frère est invité à se faire petit, à se faire « dernier », à prendre la dernière place au banquet du partage de la Parole : « Que les frères expriment donc leur avis en toute humilité et soumission, sans prétendre imposer leurs vues à tout prix » (3,4). Là aussi, il y a une prise de conscience que ce qui nous ouvre à la vérité n’est pas l’affirmation de nous-mêmes, de notre ego, mais l’affirmation du « nous », la communion. Seule une parole exprimée par un « je » qui se sacrifie au « nous » est un écho de la parole de Dieu, de la bonne volonté de Dieu qui veut le meilleur pour tous. De fait, le « je » qui se sacrifie au « nous » se dilate, devient plus grand, au point que sa parole devient la parole de Dieu, sa volonté devient la volonté de Dieu.

Cette attention à s’écouter mutuellement avec humilité fait grandir la communion plus encore que de prendre les meilleures décisions. Le problème n’est pas tant celui de prendre toujours les bonnes décisions, mais celui de faire croître le consensus, le « sentir ensemble » de la communauté, basé sur le « consensus fidei » que l’Esprit Saint nous fait percevoir lorsque nous nous rendons compte que la Parole de Dieu fait vibrer en nous et entre nous le même amour pour le Christ, le Chemin, la Vérité et la Vie. « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24,32). C’est l’expérience que nous sommes toujours appelés à faire ensemble, parce que le Seigneur ressuscité reste présent, il continue à nous parler, il marche avec nous.

3. L’autorité synodale : un cœur qui pense

Le troisième aspect, à mon avis, est fondamental pour vivre la responsabilité et être vraiment « autorité », c’est-à-dire capable de faire grandir la communauté dans la communion et la mission auxquelles le Christ l’appelle. Saint Benoît demande à l’abbé : « Après avoir écouté l’avis des frères, il délibérera à part soi et fera ce qu’il aura jugé le plus utile. » (RB 3,2)

« Audiens consilium fratrum tractet apud se et quod utilius iudicaverit faciat » : cette phrase mérite d’être méditée. Le supérieur est appelé à juger et à agir, c’est sa responsabilité et il ne doit pas s’en dispenser. Mais ici, saint Benoît nous aide à comprendre que le bon jugement et la bonne action d’un responsable, la sagesse du cœur et de la main, comme le dit le psaume 77 de David – « Berger au cœur intègre, sa main prudente les conduit » (Ps 77,72) – sont le fruit d’une résonance dans le cœur de ce qu’on écoute des frères et sœurs.

« Audiens consilium fratrum tractet apud se ». On croit entendre saint Luc lorsqu’il dit que « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19). Marie a su se mettre à l’écoute de Dieu en écoutant les paroles des simples bergers venus adorer l’Enfant. L’abbé est invité à faire de même en écoutant tous ses frères, jusqu’au dernier.

Cette méditation « apud se », cette méditation avec le cœur, on pourrait dire dans le habitare secum, de ce qu’on écoute de tous, est peut-être l’aspect le plus important, même si caché, de la synodalité de communion, et je pense qu’elle n’est pas seulement exigée du supérieur mais de tous. Si la parole partagée ne descend pas dans la méditation du cœur, elle risque de rester une simple idée, une information. Elle ne devient pas une graine qui tombe en terre et porte beaucoup de fruit, peut-être après une longue attente. Dans cette méditation intérieure et silencieuse vécue dans la prière, les paroles partagées prennent vie, deviennent fécondes, deviennent des événements, des réalités nouvelles, des processus de vie nouvelle.

Je constate souvent que ce niveau de synodalité fait défaut en moi-même et chez de nombreux supérieurs. Mais si ce « traitement auprès de soi-même » des paroles que nous échangeons fait défaut, nous restons à un niveau politique, peut-être idéologique, de la vie ecclésiale et communautaire, de la vie de notre Ordre, et alors la vie ecclésiale reste fragile et dissipée, sans véritable unité, à la merci des luttes de pouvoir.

Etty Hillesum écrit dans le camp de Westerbork, après avoir écouté ses compagnes se lamenter dans la nuit : « Je voudrais être le cœur pensant de tout un camp de concentration » (Journal, 3 octobre 1942). Oui, c’est de ça qu’il s’agit. S’écouter les uns les autres, offrir aux paroles, aux plaintes, aux conseils, aux idées et aux projets de nos frères et sœurs nos cœurs qui écoutent, qui pensent, qui méditent, comme pour offrir aux paroles le terreau dans lequel germer et porter du fruit pour le Royaume de Dieu.

L’amour tout-puissant

Je ne peux pas conclure cette modeste méditation sans penser à la dernière rencontre de sainte Scholastique avec son frère saint Benoît (S. Grégoire le Grand, Dialogues, II,33). Scholastique et Benoît tenaient un petit « synode » fraternel annuel, au cours duquel ils louaient Dieu et avaient des « conversations sacrées ». À la nuit tombée, Scholastique invite avec insistance son frère à poursuivre cet échange jusqu’au matin « pour parler un peu des joies de la vie céleste ». Benoît ne veut pas l’écouter, par stricte fidélité à la discipline monastique. Nous savons comment la prière de sainte Scholastique a provoqué un orage immédiat qui a obligé Benoît à rester avec elle. « Ils passèrent toute la nuit en veillant, se rassasiant de conversations sacrées sur la vie spirituelle ».

Lorsque Benoît reprocha à Scholastique d’avoir provoqué cette situation irrégulière, la sœur répondit par sa phrase bien connue : « Voici, je t’ai imploré, et tu n’as pas voulu m’écouter ; j’ai imploré mon Seigneur, et il m’a écoutée ».

Le grand et succinct commentaire final de saint Grégoire est le suivant : « Selon la parole de Jean, “Dieu est amour”, et par un jugement très juste, celle qui a aimé davantage a été la plus puissante. »

Cet épisode nous rappelle que le véritable accomplissement de tout processus synodal et fraternel n’est pas seulement le consensus des mots et des jugements mais celui de l’amour, le consensus de la communion dans la charité de Dieu. Souvent, nous ne parvenons pas à nous écouter réellement les uns les autres, à marcher ensemble jusqu’au bout, et encore moins à nous aimer les uns les autres. Mais Dieu répare tout, renouvelle la communion, fait poursuivre le chemin en donnant un amour tout-puissant à ceux qui le prient et l’aiment comme « leur Seigneur ».

« J’ai prié mon Seigneur et il m’a entendue ».

Le saint Curé d’Ars dit dans une de ses pensées simples mais intenses : « Notre-Seigneur prend plaisir de faire la volonté de ceux qui l’aiment ».

Dieu écoute ceux qui l’aiment, il obéit à notre amour de mendiants.

Peut-être oublions-nous trop souvent d’aimer le Christ pour qu’il puisse nous faire le don de marcher ensemble dans son amour.

Dom Mauro-Giuseppe Lepori, Abbé Général OCist


Solennités en octobre

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SAMEDI 8 OCTOBRE – Sainte Réparate – Fête

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Octobre-2022    


Septembre – Ps 90 – 17

Mois de septembre

Ecoutons Saint Bernard – Sermon 17 sur le psaume 90

DIX-SEPTIÈME SERMON. « Je le comblerai de jours et d’années, et je lui ferai part du salut que je destine à mes saints (Psal. XC, 16).»

sept2022-4001. Ce verset, mes frères, convient parfaitement au saint temps où nous sommes. Sur le point de célébrer la fête de la résurrection de Notre-Seigneur, nous attendons la promesse qui nous est faite de participer à cette résurrection si glorieuse : il nous invite en qualité de membres de Jésus-Christ, à célébrer avec solennité la mémoire de ce qui est arrivé à notre chef, en considérant que nous devons un jour avoir part à la même gloire. Que ce psaume finit bien, puisqu’il promet à ceux qui le chantent une fin si heureuse ! Ce verset termine le psaume d’une manière qui doit nous remplir de joie, puisqu’il nous promet de nous combler de tous les biens. « Je le comblerai de jours et d’années : et je lui ferai part du salut que je destine à mes saints (I Tim. IV, 8). » Je vous ai dit bien souvent, mes frères, que la piété, selon la doctrine de Saint-Paul, a les promesses de la vie présente aussi bien que de la vie future. C’est pourquoi cet apôtre dit encore : « Vous verrez dès maintenant le fruit de votre fidélité, en obtenant la sanctification de vos âmes et, pour l’avenir, vous obtiendrez la vie éternelle. » Voilà ce que signifient cette plénitude et cette longueur de jours et d’années qui nous sont promises dans ce verset. Qu’y a-t-il, en effet, de plus long que ce qui est éternel ? Qu’y a-t-il de plus long que ce qui ne doit jamais finir  ? C’est une heureuse fin que la vie éternelle ? C’est une heureuse fin que celle qui ne doit jamais avoir de fin ? Il n’y a que ce qui est bien qui soit une bonne fin. Travaillons donc de tout notre cœur à notre sanctification, puisque c’est en elle seulement que consiste le bien, et qu’elle doit être couronnée par une vie qui ne doit jamais finir. Ne pensons qu’à obtenir cette paix du cœur et cette sainteté, sans laquelle personne ne verra Dieu. Le Seigneur dit donc : « Je le comblerai de jours et d’années, et je lui ferai part du salut que je destine à mes saints (Hebr. XII, 14). » C’est une promesse de la droite de Dieu. C’est un don de cette droite qu’un saint souhaitait jadis que Dieu lui tendit, quand il disait : « Vous tendrez, Seigneur, votre droite à l’œuvre de vos mains (Job XIV, 15). » C’est cette droite qui nous doit combler d’éternelles délices. Voilà ce qu’il a désiré et obtenu celui dont le Psalmiste a dit : « Il vous a demandé la vie, et vous lui avez accordé une longueur de jours pour un siècle et pour les siècles des siècles (Psal. XX, 5). » Le Sage s’explique encore plus clairement lorsqu’il dit : « Les richesses et la gloire sont dans sa main gauche, et la longueur des jours est dans sa main droite (Prov. III, 16). » Qui est l’homme qui veut véritablement la vie et qui souhaite de voir d’heureux jours ? Or, la vie présente est plutôt une mort qu’une vie, ou du moins ce n’est pas une vie simplement, mais une vie mortelle qu’on doit l’appeler. Lorsque nous voyons qu’un homme est sur le point de mourir, nous disons avec raison : Cet homme se meurt. Ne faisons-nous autre chose dès que nous commençons de vivre, que de nous approcher à chaque moment de la mort, et de mourir ? Les jours de cette vie sont courts et mauvais, dit le Patriarche (Gen. XLVII).» On ne vit véritablement que lorsqu’on a une vie vivante et vitale. Les jours dont on jouit ne sont heureux que lorsqu’on est assuré que leur durée est sans fin. Rendons grâces de tout notre cœur à celui dont la puissance et la bonté ont disposé toutes choses : les jours où nous n’avons que des peines à souffrir doivent finir en fort peu de temps ; au lieu que les jours où nous ne devons trouver que du repos et de la félicité, doivent durer éternellement.

2. « Je le comblerai de jours et d’années. » Le Seigneur explique dans ce verset la promesse qu’il a faite dans le précédent en disant: « Je le glorifierai. » Qui est-ce qui ne se contentera pas d’être glorifié, par celui dont les œuvres sont parfaites ? Celui dont la grandeur est sans limites, peut-il glorifier autrement que sans limites. La gloire qui procède de la gloire immense de Dieu a quelque chose de la grandeur et de l’immensité de son principe. Aussi est-ce avec raison que saint-Pierre dit que « la glorification de Notre-Seigneur sur le Thabor procédait d’une gloire magnifique. (II Petr. I, 17). » Elle est magnifique, en effet, et se communique à nous d’une manière magnifique, avec une durée éternelle, une variété infinie, et une plénitude sans mesure. La gloire de cette vie est trompeuse. Son éclat est vain, et les jours de l’homme sur la terre n’ont qu’une durée extrêmement courte ; aussi cette vie ne sera-t-elle jamais l’objet des désirs du sage, qui dira toujours du fond de son cœur à celui qui en sonde les replis «Seigneur, vous savez que je n’ai jamais désiré les jours de l’homme (Jérem. XVIII, 16). » C’est peu, non-seulement je ne désire pas ce que l’homme désire, mais je ne veux même point le recevoir, car je sais qui est celui qui a dit : « Je ne reçois point ma gloire des hommes (Joan. V,. 41). » Combien donc sommes-nous misérables de chercher la gloire que les hommes se donnent les uns aux autres, et de ne point chercher celle qui ne vient que de Dieu ? Car il n’y a que celle-ci qui soit longue et abondante. Les jours de l’homme sont courts ; et ces jours fleuriront et passeront ainsi que la fleur des champs, comme dit l’Ecriture : « La tige s’est séchée, et la fleur qu’elle soutenait s’est aussi fanée mais la parole du Seigneur demeure éternellement (Isa. XI., 7). » C’est le vrai jour que celui qui ne doit point finir. C’est dans ce jour seulement que se rencontre l’éternelle vérité, l’éternité véritable, l’éternité éternelle, qui seule est vraiment capable de remplir tous nos désirs. Comment, en effet, la gloire qui est trompeuse et vaine pourrait-elle y réussir ? Elle est si complètement vide que nous sommes obligés de reconnaître qu’elle nous met dans l’indigence et nous vide, plutôt qu’elle ne nous remplit. Aussi en attendant, mieux vaut pour nous être abaissés que d’être élevés, d’être dans la peine plutôt que dans les plaisirs, puisque peines et plaisirs doivent bientôt passer, avec cette différence pourtant, que les unes ne doivent nous produire que des supplices, et les autres que des couronnes.

3. Certainement l’affliction est bonne puisque c’est par elle que Dieu nous conduit à la gloire, selon ces paroles : « Je suis avec lui dans l’affliction : je le délivrerai et le remplirai de gloire. » Rendons grâces au Père des miséricordes, qui est avec nous dans l’affliction, et nous console dans toutes les peines, qui nous arrivent. Car il nous est nécessaire, comme j’ai dit, d’être dans les souffrances qui se changent en gloire, et dans la tristesse qui se change en joie, mais en une joie qui ne doit jamais finir, et ne peut jamais nous être ravie par qui que ce soit, en une joie, dis-je, abondante, pleine et parfaite. Il est bon d’être dans la peine, puisque c’est par elle que nous devons accueillir la couronne de la gloire. Ne méprisons pas les souffrances, mes frères, c’est une semence bien modeste, mais il doit en sortir beaucoup de fruit. C’est une semence peut-être peu agréable au goût, à cause de son amertume, c’est peut-être le grain de sénevé, mais ne considérons pas le dehors et l’apparence, voyons en les vertus cachées. Souvenons-nous que les choses qui se voient sont temporelles, et que celles qu’on ne voit point sont éternelles. (II Cor. IV, 18.) Goûtons, dans ces maux, que nous avons à souffrir, les prémices de la gloire qui s’y trouvent comme en germe. Faisons consister notre gloire clans l’espérance de participer à la gloire de notre grand Dieu : ce n’est pas encore assez, mettons-la dans toutes les afflictions de cette vie, puisqu’elles sont pour nous une raison d’espérer que Dieu nous donnera de glorieuses couronnes. Peut-être est-ce ce que l’Apôtre a voulu nous apprendre, lorsqu’après avoir dit : « Nous mettons notre gloire dans les afflictions : il ajoute aussitôt : Parce que l’affliction produit la patience , et que la patience est une épreuve qui produit l’espérance (Rom. V, 14). ». Il est manifeste par ces paroles, que l’Apôtre, après avoir dit que nous devons mettre notre gloire dans l’espérance, a ajouté que « nous devons aussi mettre notre gloire dans les afflictions, » non pour dire quelque chose de différent, mais pour s’expliquer davantage, et nous faire mieux entrer dans sa pensée. Car il ne propose qu’une même gloire dans ces deux expressions, et il joint seulement les afflictions à l’espérance, pour montrer sur quoi l’espérance de la gloire doit être fondée. C’est, en effet, dans l’affliction qu’on doit trouver l’espérance de la gloire ; que dis-je ? c’est dans l’affliction même que la gloire se trouve. Et de même que l’espérance du fruit est dans la semence, le fruit de même y est aussi contenu. C’est en ce sens qu’il est dit que dès maintenant le royaume de Dieu est en nous , que nous possédons un trésor d’un prix inestimable dans des vaisseaux de terre, dans un champ de très-petite valeur. C’est qu’en effet ce royaume et ce trésor sont véritablement en nous, mais ils y sont cachés. Heureux celui qui les trouve ! Or, quel est celui-là ? Sinon celui qui considère plutôt la récolte que la semence ? L’œil de la foi trouve ce trésor parce qu’il ne juge pas des choses selon les apparences, mais qu’il voit les choses qui ne peuvent paraître à nos sens, et regarde ce qui ne saurait se voir des yeux du corps, comme il est évident que l’Apôtre avait trouvé ce trésor puisqu’il souhaitait de le faire trouver à tous les autres, quand il disait : « Les peines si courtes et si légères que nous souffrons maintenant, produisent en nous le poids d’une gloire éternelle qui surpasse toute mesure (II Cor. IV, 17) » Il ne dit pas : Les afflictions seront couronnées, mais il dit : elles produisent en nous, dès maintenant, le poids d’une gloire éternelle. Cette gloire, mes frères, ne parait point. Elle est cachée en nous dans l’affliction, et ce qu’elle a d’éternel est dérobé à nos yeux par ce voile d’un moment ; ce poids, cette valeur sans mesure, est contenue dans une chose de peu d’importance, et de mince valeur. Aussi hâtons-nous, pendant que nous sommes sur la terre, d’acheter ce champ, et le trésor qui y est caché. Estimons-nous bienheureux lorsque nous sommes dans les afflictions, et disons du fond du cœur : « Il vaut mieux aller dans une maison de deuil qu’en une maison de festin (Eccli. VIII, 3). »

4. « Je suis avec lui dans l’affliction, dit le Seigneur. » Je ne chercherai donc pas autre chose que l’affliction. Il m’est bon de m’attacher à Dieu : et de m’y attacher de telle sorte, que je mette en lui toute mon espérance puisqu’il a dit : « Je le délivrerai de ses peines et le glorifierai (Psal. LXXII, 28). » Je suis avec lui dans l’affliction, et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes (Cor. VIII, 31). » Voilà bien l’Emmanuel, le Dieu avec nous. « Je vous salue, pleine de grâce, dit l’Ange à Marie : le Seigneur est avec vous (Luc. I , 28). » Il est avec nous dans la plénitude de la grâce, et nous serons avec lui dans la plénitude de la gloire. Il est descendu sur la terre pour être près de ceux dont le cœur est affligé, et pour être avec nous dans les épreuves de cette vie. Mais viendra un temps, comme, dit l’Apôtre, où nous serons transportés par les nuées, pour aller au devant de Jésus-Christ ; et alors nous serons pour toujours avec Notre Seigneur, si toutefois nous travaillons à l’avoir toujours avec nous, afin que celui qui doit nous établir dans notre éternelle patrie, soit notre compagnon, ou plutôt, que celui qui doit être lui-même notre patrie, soit aussi lui-même notre voie. Seigneur, il m’est donc beaucoup plus avantageux de souffrir, pourvu que vous soyez toujours avec moi, que de régner sans vous, que d’être dans les plus grandes réjouissances sans vous, que de jouir même de la gloire, séparé de vous. Oui, Seigneur, il est bien meilleur pour moi de vous embrasser dans l’affliction; de vous avoir présent dans le creuset de l’épreuve, que d’être sans vous dans le ciel. Car qu’est-ce que je souhaite dans le ciel, et que désiré-je de vous, sur la terre, sinon vous-même ? Si la fournaise éprouve l’or, la tentation éprouve les justes. C’est dans ces rencontres, oui c’est là, Seigneur, que vous êtes avec eux (Eccli. XXVII, 6), que vous demeurez au milieu d’eux, c’est lorsqu’ils sont assemblés en votre nom, comme vous avez autrefois daigné assister les trois enfants qui furent jetés dans la fournaise de Babylone, d’une présence si visible, que vous contraignîtes un roi infidèle de s’écrier, « qu’il voyait dans les flammes une quatrième personne qui était semblable à un fils de Dieu (Dan. III, 92). » Pourquoi tremblons-nous : pourquoi nous arrêtons-nous pourquoi fuyons-nous à la vue de la fournaise des afflictions? Il est vrai que le feu redouble son ardeur; mais le Seigneur est avec nous dans nos souffrances, et, si Dieu est avec, nous, qui sera contre nous  ? Si, Dieu nous arrache des mains de nos ennemis, qui est-ce qui pourra nous ravir de ses mains toutes puissantes ! Qui est-ce qui peut nous arracher d’entre ses mains ? Enfin, si c’est lui qui nous glorifie, qui est-ce qui pourra nous jeter dans l’ignominie ? S’il nous établit dans la gloire, qui pourra nous humilier ?

5. Mais écoutez quelle gloire Dieu doit nous donner. «Je le comblerai, dit-il, de jours et d’années. » Et d’abord s’il parle de jours au pluriel, c’est pour nous marquer non pas une vicissitude, mais un grand nombre de jours. Il ne faut pas se figurer l’éternité comme une succession de jours, c’est ce qui fait dire au Prophète : un seul jour dans vos tabernacles, Seigneur, vaut mieux que mille autres jours (Psal. LXXXIII, 11). Nous lisons que des saints et des hommes parfaits sont sortis de cette vie pleins de jours, c’est-à-dire, je pense, remplis de vertus, et de grâces, car les saints reçoivent de jour en jour, non de leur propre esprit, mais de l’esprit de Dieu même cet accroissement et cette plénitude de vertu et de grâces qui les transforme, et qui les rend semblables à lui, et les fait monter de clarté en clarté. Si donc la grâce est appelée un jour et une lumière, si même l’éclat qui vient de l’homme, et si cette gloire sans fondement et sans solidité que nous cherchons à recevoir les uns des autres, est, comme j’ai dit ailleurs, le jour de l’homme, combien la plénitude de la véritable gloire mérite-t-elle plutôt d’être appelée un vrai jour et un plein midi ? Et si nous pouvons regarder comme plusieurs jours de la vie de l’âme, les diverses grâces qu’elle reçoit, comment ne pourrions-nous pas aussi regarder, comme un grand nombre de jours la gloire dans laquelle il jouit de tant de biens ? Mais écoutez comment le Prophète a voulu parler d’un grand nombre de jours sans vicissitude, par ces paroles, il dit en effet : «La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil : et la lumière du soleil sera elle-même comme la lumière de sept jours (Is. XXX, 16).» Je pense que c’était pendant les jours de cette éternelle vie, que le Roi fidèle souhaitait de chanter ses cantiques dans la maison du Seigneur. Car ce sera comme un chant de cantiques à la louange de Dieu que d’être pleins de reconnaissance pour le bonheur de posséder une gloire si abondante, et que d’être toujours occupés à rendre des actions de grâces à sa divine Majesté.

6. « Je le remplirai d’une longueur de jours. » C’est comme s’il disait : je sais ce qu’il désire : je sais ce dont il a soif, et ce qu’il goûte le plus, ce n’est ni l’or, ni l’argent, ni la volupté, ni la curiosité ni aucune dignité du siècle. Il méprise tout cela et n’en fait pas plus de cas que du plus vil fumier. Il a vidé son cœur de toutes ces choses, et il ne peut souffrir qu’aucune d’elle l’occupe, parce qu’il sait qu’aucune ne saurait le remplir. Il n’ignore pas à l’image de qui il a été fait, et de quelle grandeur il est capable ; et il ne veut point s’accroître un peu d’un côté pour diminuer beaucoup de l’autre. C’est pourquoi « je comblerai de jours celui qui ne saurait être satisfait et rempli que par la véritable et l’éternelle lumière. Et la longueur de ces jours sera sans fin, l’éclat de leur lumière sans défaillance, et l’abondance, dont je le remplirai, n’engendrera jamais pour lui aucun dégoût. Car son bonheur sera parfaitement assuré, sa gloire puisera sa source dans la possession de la vérité, et l’abondance sera toujours pour lui une source de joie et de délices. « Je lui ferai part du salut que je destine à mes saints. » Cela signifie que le fidèle méritera de voir ce qu’il a désiré, lorsque le roi de gloire rendra l’Eglise, son épouse, toute glorieuse et la montrera sans tache, sans rides et sans défauts, à cause de la splendeur permanente du jour dans lequel elle sera établie. Les âmes qui ne sont pas entièrement pures, ni les âmes qui sont dans quelque sorte d’agitation et de trouble, ne sont point encore capables de recevoir cette lumière de gloire que Jésus-Christ prépare aux élus. C’est pourquoi Notre-Seigneur nous commande par son Apôtre, ainsi que je l’ai dit, de nous établir dans la sainteté et dans la paix (Heb. XII, 14), parce que sans ces deux choses personne ne pourra voir Dieu. Quand donc il aura rempli vos désirs par les biens dont il vous donnera la possession, en sorte que vous n’aurez plus rien à désirer, votre espri, devenant tout à fait tranquille par cette plénitude même, vous pourrez alors contempler la sérénité et la majesté de Dieu ; et vous lui serez semblable parce que vous le verrez comme il est. Peut-être bien aussi, peut-on dire que les saints, ayant en eux-mêmes toute la plénitude de la gloire qui leur sera propre, du sein des délices éternelles, considéreront de tous côtés les choses que Dieu a faites pour le salut et la félicité des hommes, et verront reluire sa Majesté sur toute la terre. On pourrait rapporter à cela ces paroles «Je lui montrerai le salut que je destine à mes saints. »

7. Nous pouvons encore entendre ce verset, de la jouissance de ces jours où Dieu promet qu’il montrera le salut aux saints : « Je le remplirai, dit-il, d’une longueur de jours. « Et comme pour répondre à cette objection, d’où viendra cette longueur de jours dans la céleste cité, où le soleil n’aura pas à luire pour faire le jour, puisqu’il n’y aura pas de nuit, il ajoute : «je lui montrerai le salut que je destine à mes saints : » ce salut n’étant autre chose que le Sauveur dont la splendeur éclairera toujours les saints, selon cette parole de l’Écriture : « l’Agneau est la lumière (Apoc. XXI, 23). » « Je lui montrerai l’auteur du salut, » c’est-à-dire : je ne l’instruirai plus par la foi ; je ne l’exercerai plus par l’espérance ; mais je le remplirai par la contemplation même du Sauveur, je le lui montrerai : » je lui montrerai Jésus-Christ, afin qu’il contemple éternellement ce Rédempteur en qui il a cru, qu’il a aimé, qu’il a toujours désiré. Seigneur, montrez-nous votre miséricorde (Psal. LXXXIV, 8), et donnez-nous ce Sauveur, qui ne peut venir que de vous, et cela nous suffit ; car celui qui le voit, vous voit aussi, parce qu’il est en vous, et que vous êtes en lui. Or, toute la vie éternelle, consiste à vous connaître, parce que vous êtes le vrai Dieu, et à connaître Jésus-Christ que vous nous avez envoyé (Joan. XVII, 3). Et alors vous laisserez aller votre serviteur en paix, selon votre parole, parce que mes yeux verront le Sauveur que vous avez donné au monde, votre Jésus Notre Seigneur qui est Dieu et béni par dessus tout, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
- Dix-septième sermon


Solennités en septembre

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JEUDI 8 SEPTEMBRE – Nativité de la Vierge Marie – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

SAMEDI 10 SEPTEMBRE – Férie

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

MERCREDI 14 SEPTEMBRE – La Croix Glorieuse – Fête

Horaire habituel

JEUDI 29 SEPTEMBRE – Saint Michel, Saint Gabriel, Saint Raphaël Archanges – Fête

Horaire habituel

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Septembre-2022     


Saint Bernard – 20 août

Le samedi 20 août, solennité de Saint Bernard, la messe sera à 11h, présidée par Mgr Jean-Philippe Nault, Evêque de Nice


Solennités en août

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JEUDI 4 AOUT – Saint Jean-Marie Vianney – Mémoire

Messe à 10h30

SAMEDI 13 AOUT – Vierge Marie – Mémoire

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 18h00 : Vêpres

LUNDI 15 AOUT – Assomption de la Vierge Marie – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

MARDI 16 AOUT – Férie

Jour de désert – Laudes à 8h, Messe à 17h, Vêpres à 18h

SAMEDI 20 AOUT – Saint Bernard – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 11h – Présidée par Mgr Jean-Philippe Nault , Evêque de Nice

N.B. – tous les lundis (sauf le 15) et mardi 16, jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Août-2022     


Août – Psaume 90 – 16

Mois d’août

Ecoutons Saint Bernard – Sermon 16 sur le psaume 90

SEIZIÈME SERMON. « Il a crié vers moi, et je l’exaucerai. Je suis avec lui dans l’affliction (Psal. XC, 15).»

aout2022-4001. « Il a crié vers moi et je l’exaucerai. » Voilà des paroles de paix, une alliance digne de la bonté de Dieu; un vrai traité de miséricorde et de compassion. « Il a espéré en moi et je le délivrerai. » Il a connu mon nom et je le protégerai. Il m’a invoqué, et je l’exaucerai. Dieu ne dit pas : il était digne de ma grâce, il était juste et droit, ses mains étaient innocentes et son cœur était pur, voilà pourquoi je le délivrerai, je le protégerai et je l’exaucerai. S’il s’était exprimé ainsi, qui ne tomberait dans le désespoir ? Qui peut se flatter d’avoir le cœur pur ? Mais, Seigneur, puisque, vous avez tant de clémence et tant de miséricorde, je mets en vous toute ma confiance ; la loi que vous vous êtes donnée fait tout mon soutien en votre présence. Quelle loi pleine de douceur que celle qui n’exige point d’autre mérite, pour être exaucé, que le cri et l’ardent désir de celui qui demande. « Il est bien juste que Dieu n’exauce pas celui qui ne crie point vers lui, ne lui adresse aucune prière ; ou ne le prie qu’avec tiédeur et négligence. Or pour Dieu, le grand cri de l’âme qui se fait entendre de lui, c’est un ardent désir ; au contraire l’intention froide et languissante est, pour lui, comme une parole si faible, qu’il ne saurait l’entendre. Comment pourra-t-elle pénétrer les nuées et se faire écouter dans le ciel ? L’homme est averti dès les premières paroles de la prière qu’il fait tous les jours, que le père auquel il adresse ses demandes est dans le ciel, afin qu’il sache qu’il doit crier de toutes ses forces pour faire monter sa prière vers le ciel par l’effort puissant de son esprit, comme une flèche qu’il décoche. Dieu est un esprit, et il est nécessaire que ceux qui désirent que leurs cris parviennent jusqu’à lui, crient en esprit et en vérité (a). Car, de même que Dieu ne regarde point le visage de l’homme, comme font les hommes, mais considère seulement le cœur, ainsi il écoute plutôt la voix intérieure du cœur que la voix sensible du corps. Voilà pourquoi le Prophète lui dit: « Vous êtes le Dieu de mon cœur. (Psal. LXXII, 26). » C’est après cela aussi que Moïse, sans prononcer aucune parole, est néanmoins intérieurement entendu de Dieu, selon le témoignage qu’il lui en donne en lui disant : « Pourquoi criez-vous vers moi. (Exod. XIV,15) ? »

(a) Il se rencontrait ici une grave solution de continuité, car depuis ces mots : « il ne dit pas, etc. », jusqu’à ceux-ci. « S’il s’était exprimé ainsi, etc. » la plupart des éditions précédentes avaient omis les phrases que nous avons rétablies d’après les manuscrits de Corbie, de Cîteaux, et d’autres encore.

2. « Il a crié vers moi, et je l’exaucerai. » Ce n’est pas sans sujets que le fidèle crie ainsi vers Dieu. Il pousse un grand cri parce que ses besoins sont grands. Mais en criant de toutes les forces de son âme, que demande-t-il, sinon d’être consolé, délivré, établi dans la gloire ? C’est pour ses propres besoins qu’il crie ; comment, en effet, serait-il exaucé dans ces vœux-là, s’il en avait fait d’autres ? « Je l’exaucerai, dit le Seigneur. » De quelle manière, Seigneur, et en quoi l’exaucerez-vous ? « Je serai avec lui lorsqu’il sera dans l’affliction je l’en tirerai et le remplirai de gloire. »

Il me semble que je puis avec raison rapporter ces trois cris de la prière aux trois grands et saints jours que nous devons bientôt célébrer, car il s’est soumis pour nous à l’affliction et à la douleur, lorsqu’il a souffert le supplice de la croix, malgré son ignominie, en vue de la joie éternelle qui lui était proposée (Luc. XXII). Ce fut alors que les choses qu’il devait accomplir sur la terre furent terminées, comme il l’avait prédit avant sa mort. Et lorsqu’il eût dit en mourant : « Tout est consommé », il entra dans son repos, mais la gloire de la résurrection ne se fit point attendre, le troisième jour, le Soleil de justice se leva pour nous dès le matin, et sortit du tombeau. En sorte que le fruit de l’affliction qu’il avait soufferte, et la vérité de sa délivrance parurent dans la gloire de sa résurrection. Ces trois choses qui sont arrivées en Jésus-Christ dans l’espace de trois jours doivent aussi nous arriver. « Je suis avec lui dans la tribulation, » dit le Seigneur. Quand se trouve-t-il ainsi avec nous ! sinon le jour de nos tribulations ? le jour où nous portons notre croix ? alors que s’accomplit cette parole du Seigneur à ses disciples : « Vous aurez des traverses et des angoisses dans le monde (Joan. XVI, 33). » et celle de son Apôtre : « tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ souffriront des persécutions. (II Tim. III, 12). » Car notre délivrance pleine et parfaite ne pourra pas arriver avant le jour de notre mort, parce que les enfants d’Adam sont réduits à porter un joug pesant et fâcheux depuis le jour qu’ils sortent du ventre de leur mère, jusqu’au jour où ils rentreront dans le sein de la terre, la mère commune de tous les hommes. C’est alors seulement, dit le Seigneur, que je le délivrerai, et le monde ne pourra plus faire souffrir quoi que ce soit à son corps ni à son âme. Pour ce qui est de la gloire qui l’attend encore, elle ne lui sera donnée qu’à la fan des temps, le jour de la résurrection, alors que ce corps, maintenant dans l’ignominie, comme un grain qui se pourrit dans la terre, renaîtra dans la gloire.

3. Comment savons-nous que Dieu est avec nous dans l’affliction ? C’est précisément parce que nous y sommes maintenant. Car qui pourrait soutenir les maux de cette vie ; qui pourrait durer et subsister avec eux sans son assistance particulière ? Nous devons estimer, mes chers frères, que nous avons toute sorte de sujet de nous réjouir lorsque nous éprouvons des calamités nombreuses : non-seulement, parce que nous ne devons entrer dans le royaume de Dieu que par beaucoup de souffrances, mais, encore parce que le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est dans l’affliction. (Act. XXII, 4). « Si je marche au milieu des ombres de la mort, dit le Prophète (Psal. XXXIII, 19), je ne craindrai point les maux qui m’arriveront, parce que vous êtes avec moi. (Psal. XXII, 4). » Voilà donc comment il est avec nous tous, les jours de notre vie jusques à la consommation des siècles. Mais quand serons-nous avec lui ? Ce sera quand nous serons transportés en l’air pour aller, comme dit l’Apôtre, au devant de Jésus-Christ, et que nous demeurerons toujours avec lui. Quand sera-ce que nous nous verrons dans la gloire avec ce Sauveur ? Ce sera lorsqu’il viendra se montrer, lui qui est notre vie. Mais en attendant il faut que nous demeurions cachés, que l’affliction précède notre délivrance, et que notre délivrance précède notre glorification. Ecoutez le langage de celui qui est délivré : « Mon âme, tournez-vous vers votre repos, puisque le Seigneur vous a comblée de ses bienfaits : il a retiré mon âme de la mort, mes yeux des larmes et mes pieds de la chute. Je l’arracherai et le glorifierai. (Psal. CXIV, 7). » Seigneur, heureux l’homme que vous daignez consoler et soutenir en cette vie, vous qui êtes son soutien dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Mais combien est-il plus heureux lorsque vous l’avez effectivement délivré et que vous l’avez exempté de tant de maux auxquels il s’est exposé. Combien est-il plus heureux lorsque vous l’avez dégagé du filet des chasseurs, lorsque vous l’avez retiré du monde, afin que la malice ne changeât pas son esprit, et que les déguisements et les artifices ne pussent surprendre et tromper son âme ? Il sera néanmoins encore infiniment plus heureux lorsque vous l’aurez tout à fait élevé et uni à vous, rempli des biens de votre sainte maison, et mis dans un état conforme et semblable à celui de votre gloire.

4. Et maintenant, mes chers enfants, élevons vers le ciel le cri de nos cœurs, et notre Dieu aura pitié de nous. C’est vers le ciel que nous devons faire monter nos cris, puisque c’est sous le ciel, comme observe le sage, qu’on ne trouvera que douleur et travail, vanité et affliction d’esprit. (Jerem. XVII, 9). D’ailleurs le cœur de l’homme est méchant et impénétrable : ses sens ne se portent qu’au mal. Il n’y a nul bien en moi, c’est-à-dire en ma chair. La loi du péché habite en elle, elle a toujours des désirs contraires à l’esprit. Enfin mon propre cœur me manque, et mon corps est dans la nécessité de mourir à cause du péché. Les peines qui se succèdent les unes aux autres suffisent à remplir chaque jour. Le monde n’est que méchanceté et corruption. Combien le siècle présent est-il injuste ? Combien voyous-nous que l’âme est combattue par les désirs de la terre? Nous sommes attaqués de tous les côtés par les princes de ce monde qui règnent dans les ténèbres, par les esprits mauvais, les puissances de l’air et surtout par le serpent le plus rusé de tous nos ennemis. Voilà tous les finaux que nous avons à craindre sous le soleil. Voilà toutes les misères qui sont sous le ciel. Où trouvez-vous un refuge contre tous ces maux et contre toutes ces misères ? Où espérez-vous du soulagement ? Où prétendez-vous trouver du secours ? Si vous le cherchez en vous, vous ne trouvez qu’un cœur détaché, et vous-même, vous vous trouvez livré à l’oubli, comme si votre cœur était mort. Si vous le cherchez plus bas que vous, vous ne trouverez que le corps qui est susceptible de se corrompre et qui appesantit votre âme. Enfin, si vous le cherchez dans toutes les choses de la terre qui vous environnent, vous trouverez aussi qu’elles ne sont capables que d’accabler ceux qui s’occupent des soins multipliés de cette vie (Sag. IX, 15). Cherchez donc un refuge au dessus de vous. Mais prenez garde, en vous élevant, de passer au delà de la troupe des esprits vaniteux. Ils savent que tout ce que nous avons de parfait et de bon, ne saurait venir que d’en haut : voilà pourquoi ils se tiennent entre le ciel et la terre comme des voleurs en embuscade. Faites donc en sorte de passer au delà de ces esprits méchants qui travaillent, avec une malice infatigable, pour nous empêcher de nous élever jusque dans la sainte cité. S’ils vous blessent, s’ils vous outragent, imitez Joseph qui laissa son manteau, entre les mains de l’adultère Égyptienne (Gen. XXXIX, 15). Abandonnez même votre dernier vêtement, comme le jeune homme dont il est parlé dans l’Evangile (Marc. XIV, 52), qui s’échappa nu des mains de ceux qui le tenaient. Dieu n’abandonna-t-il pas au démon le dernier vêtement de Job, et après cela ne lui donna-t-il point le pouvoir de lui nuire dans ses biens et même de l’affliger en son corps, en se contentant de lui dire : conserve seulement sa vie ? Élevez donc votre cœur vers Dieu, poussez le vers lui, que vos cris et vos désirs ne tendent qu’à lui, que votre vie, que toutes vos espérances soient dans le ciel. Criez vers le ciel pour être exaucé, et que votre père, qui est dans le ciel, vous envoie, de son sanctuaire, le secours dont vous avez besoin, et que vous receviez de la céleste Sion, aide et protection, que Dieu vous soutienne dans l’affliction, vous arrache aux épreuves et vous glorifie, enfin, dans la nouvelle vie de la résurrection. Ces choses sont grandes à la vérité ; mais vous êtes grand aussi, vous qui nous les avez promises. Nous les espérons de vos promesses, et nous osons dire, avec l’Église : Si nous crions vers vous avec un cœur plein de confiance, vous nous devez ce que nous vous demandons à cause de vos promesses. Ainsi soit-il.

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
- Seizième sermon


Juillet – Psaume 90 – 15

Mois de juillet

Ecoutons Saint Bernard – Sermon 15 sur le psaume 90

QUINZIÈME SERMON. « Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai, parce qu’il a connu mon nom (Psal. XC, 14). »

juillet2022-4001. «Venez à moi vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous, soulagerai, dit Notre Seigneur. Mettez mon joug sur vous : et vous trouverez le repos de vos âme, parce que mon joug est doux et mon fardeau léger. (Math. XI, 28.) » Il invite ceux qui sont accablés de travail à venir chercher du soulagement, et ceux qui sont chargés à venir prendre du repos. Toutefois, il ne décharge pas pour cela ceux qui vont à lui de toute sorte de fardeau et de travail. Il change plutôt leur fardeau et leur travail en un autre, une charge pesante en une légère, un joug insupportable en un joug infiniment doux, dans lesquels on ne trouve que rafraîchissement et repos. Et si d’abord cela ne vous paraît pas, on reconnaît pourtant bientôt qu’il en est ainsi. Sans doute l’iniquité est un fardeau plus pesant que le plomb dont il est parlé dans un prophète. C’était sous cette charge pesante que gémissait le pécheur qui disait : « Mes iniquités s’élèvent au dessus de ma tête : (Zach. V, 7,) et elles se sont appesanties sur moi comme un fardeau pesant. (Psal. XXXVII, 5). »

Quel est donc ce fardeau de Jésus-Christ, si léger et si doux ? Selon moi, ce n’est autre chose que le fardeau de ses bienfaits et de ses grâces. O qu’il est doux et aimable ! Mais pour ceux qui le sentent, pour ceux qui l’éprouvent. Car si vous ne le trouvez pas tel, si vous ne vous apercevez pas qu’il est ainsi, il vous est pesant alors et périlleux. L’homme, pendant sa vie mortelle, est comme un animal destiné à porter toujours une charge. S’il porte encore ses péchés, il est surchargé et s’il est soulagé de ce fardeau sa charge est moins lourde. Mais si cet homme est éclairé de la véritable sagesse et s’il sait estimer les choses comme elles sont, la grâce, par laquelle Notre Seigneur l’a déchargé de ses péchés, lui paraîtra une charge aussi grande que l’autre. Dieu donc nous charge en diminuant notre fardeau. Il nous charge de ses grâces, en nous déchargeant de nos péchés. Ecoutez le cri d’un homme chargé des bienfaits de Dieu : « Que rendrai-je au Seigneur pour toutes les choses qu’il m’a données. (Psal. CXV, 12). » Ecoutez encore un homme qui se voyait comblé de grâces : « Eloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur (Luc. V, 8). » Entendez enfin le langage d’un serviteur de Dieu chargé de ses dons : « J’ai toujours craint Dieu, et j’ai toujours, appréhendé sa colère, comme on craindrait d’être submergé par les flots de la mer lorsqu’elle est agitée (Job XXXI, 23). » J’ai toujours craint, dit-il, j’ai craint avant que d’avoir reçu le pardon de mes péchés, j’ai continué de craindre après l’avoir obtenu. Heureux l’homme qui est ainsi toujours dans la crainte et n’est pas moins soucieux de ne se point laisser accabler par les bienfaits de Dieu que par ses propres péchés.

2. Quand on nous représente la libéralité de Dieu si continuelle et si abondante envers nous, c’est principalement pour nous porter à la reconnaissance, et pour nous exciter à l’aimer. Il a commandé à ses anges de vous garder en toutes vos voies. Qu’a-t-il pu faire de plus qu’il n’aie pas fait ? Mais je vois bien à quoi vous pensez, âme généreuse, vous êtes heureuse d’avoir les anges du Seigneur près de vous. Mais vous aspirez à posséder le Seigneur même des anges. Vous demandez, et vous désirez de tout votre cœur, que celui qui vous encourage par ces paroles ne se contente pas de vous envoyer ses ministres, mais veuille lui-même, sans cesser d’être présent, vous donner un baiser de sa bouche. Vous avez appris que vous marcherez sur l’aspic et sur le basilic, sur le lion et sur le dragon, et vous êtes sûre de la victoire que l’archange Michel, et que tous les anges doivent remporter sur le dragon, Cependant ce n’est pas vers cet archange, mais c’est vers le Seigneur même que vos désirs vous font soupirer et crier : «Délivrez-moi et mettez-moi près de vous, et après cela que la main de qui que ce soit s’arme contre moi (Job XVII, 3). » Se trouver dans ces dispositions, ce n’est pas chercher un refuge plus haut que les autres refuges ; mais c’est s’en assurer un plus haut que les plus hauts, et mériter de pouvoir dire : « Seigneur, vous êtes mon espérance» et d’entendre au fond de sou cœur cette réponse : « Vous avez pris un refuge extrêmement élevé. »

3. Le Seigneur plein de miséricorde et de compassion ne dédaigne pas d’être lui-même l’espérance des misérables. Il ne refuse pas de se faire lui-même le libérateur, et le protecteur de ceux qui espèrent en lui. «Parce qu’il a espéré en moi, dit-il, je le délivrerai, je le protégerai, lui, parce qu’il a connu mon nom (Psal. CXXVI, 3) » Il est certain que si le Seigneur ne garde pas la forteresse en vain celui qui la garde, qu’il soit homme ou ange, se tient l’œil au guet. Il y a des montagnes autour de Jérusalem; mais c’est peu de chose ; ce ne serait même rien, si le Seigneur lui-même ne demeurait autour de son peuple. C’est pourquoi l’Épouse représentée avec raison comme ayant trouvé les gardes qui veillaient à la défense de la ville (Cant. III, 3), ou plutôt comme ayant été rencontrée elle-même par eux, puisqu’elle ne les cherchait pas, n’est point encore contente d’être ainsi gardée, mais s’informe promptement de son Époux, et va le trouver avec une vitesse incroyable. Son cœur n’était point à ces gardes, et toute sa confiance était en son Seigneur : si on veut l’en détourner, elle répond : « Je me confie en Dieu, comment pouvez-vous dire à mon âme : Transportez-vous comme un oiseau sur la montagne (Psal. X, 2) ? » Les Corinthiens n’observèrent pas combien est importante et nécessaire cette confiance qui n’a que Jésus-Christ pour objet, lorsqu’ayant rencontré, comme l’Épouse du Cantique, des gardes et des sentinelles établies pour le salut de leurs âmes, ils s’arrêtèrent à eux. « Je suis à Céphas, je suis à Paul, je suis à Apollo, disaient-ils (I Cor. I, 12). » Mais que firent les ministres de Jésus-Christ, si modérés, si vigilants et si circonspects ? Car, ils ne pouvaient pas garder pour eux l’Épouse pour laquelle ils n’avaient entre eux qu’une émulation toute sainte, et qu’ils voulaient conduire et présenter à Jésus-Christ, comme une vierge toute chaste et toute pure. L’Épouse des Cantiques continue : « Ils m’ont frappée et m’ont fait des blessures (Cant. X, 7). » Pourquoi la frappaient-ils ? Sans doute pour la presser de passer outre et d’aller chercher son époux plus loin. Ces gardes, dit-elle, m’ont ôté mon manteau. C’était, sans doute afin qu’elle courût plus vite vers l’objet de son amour. Remarquez, avec moi, combien l’Apôtre frappe de même avec force les chrétiens de Corinthe, de quelles flèches il les blesse, parce qu’ils semblaient vouloir s’arrêter et se complaire avec les gardes: « Est-ce Paul, dit-il qui a été crucifié pour vous, ou bien avez-vous été baptisés au nom de Paul ? Lorsque quelqu’un d’entre vous dit : Je suis de Paul, l’autre : je suis d’Apollo, n’êtes-vous pas des hommes ? Que pensez-vous donc que soit Apollo ? que soit Paul ? Ce ne sont que les serviteurs de celui en qui vous croyez. Je le délivrerai, dit le Seigneur, parce qu’il a espéré en moi. Ce n’est point en ceux qui veillaient sur son salut, ni en moi, homme, ni en un ange, mais en moi seulement qu’il a espéré, dit le Seigneur, il n’attendait rien de bon que de moi non pas même du ministère de ceux qui me représentent. Car tout don parfait, et tout bien excellent vient du ciel, et nous est donné par le Père des lumières (Jac. I, 17). C’est par moi que toute la vigilance et tous les soins des hommes sont utiles, et qu’ils peuvent tirer quelque fruit de leurs travaux. Car c’est par moi qu’ils veillent comme ils doivent sur les âmes . C’est par moi que les anges sont si vigilants dans leur ministère, ont l’œil ouvert sur les plus secrets mouvements des âmes qu’ils portent à de saints mouvements, et qu’ils éloignent les suggestions malignes de l’ennemi. Mais il est toujours nécessaire que je garde moi-même le cœur de l’homme, dont les yeux, ni même ceux des anges ne sauraient pénétrer le secret.

4. Reconnaissons donc, mes frères, que nous avons autour de nous trois sortes de gardiens et ayons soin de nous acquitter de nos différents devoirs à l’égard de chacun d’eux, et faisons le bien, en même temps, sous les yeux des hommes, des anges et de Dieu. Appliquons-nous à les contenter en toutes choses, mais mettons principalement tout notre cœur à plaire à celui qui est plus que tout pour nous. Chantons ses louanges en présence des anges et que cette parole du Prophète s’accomplisse en eux : « Ceux qui vous craignent me regarderont, et seront dans la joie, parce que j’ai mis toute mon espérance dans votre parole (Psal. XVIII, 74).» Obéissons à nos supérieurs qui veillent de tout leur pouvoir, parce qu’ils auront à rendre compte de nos âmes, afin qu’ils ne s’acquittent pas de ce devoir avec mécontentement et tristesse (Hebr. XIII, 17). Mais, grâce à Dieu, je n’ai pas besoin de vous faire de grandes recommandations, ni d’avoir de crainte pour vous au sujet des supérieurs. Votre obéissance est prompte et fidèle comme votre vie est irrépréhensible, et c’est ce qui fait ma joie et ma gloire. Et combien ces joies seraient-elles encore plus grandes, si j’avais la certitude que les anges même ne peuvent voir en vous rien d’indigne de votre état, rien d’échappé à l’anathème de Jéricho, ni personne parmi vous qui murmure et qui médise en secret, personne qui agisse avec hypocrisie, ou avec relâchement, personne enfin qui entretienne dans son esprit de ces pensées honteuses et lamentables qui mettent quelquefois le trouble jusque dans les sens ? Sans doute, cette certitude augmenterait beaucoup ma joie, mais elle ne la rendrait, pas encore pleine et entière.

A la vérité, nous ne sommes pas tels que nous puissions nous mettre peu en peine de ne pouvoir être repris par les hommes, et de ne nous sentir coupables de rien. Mais si les plus grands serviteurs de Dieu craignent ses jugements, combien avons-nous sujet de trembler eu songeant que nous devons être examinés par ce juge ! Ah ! quelle serait ma joie si j’étais entièrement assuré qu’il n’y a rien dans aucun de nous qui puisse offenser cet œil divin qui seul connaît parfaitement tout ce qu’il y a dans l’homme, et qui voit en lui ce qu’il n’est pas capable d’y voir lui-même. Je vous en conjure, mes frères, que le souvenir des jugements de Dieu soit désormais toujours présent à nos pensées, qu’il nous remplisse d’autant plus de crainte et de tremblement, que nous pouvons moins comprendre l’abîme impénétrable et l’irrévocable portée de ses jugements. C’est avec cette crainte que notre espérance acquiert des mérites, elle seule lui fait produire tous ses fruits.

5. Et même si l’on observe, avec les lumières de la sagesse chrétienne, quelle est la nature de cette crainte, on trouvera qu’elle est un motif très-sûr et très-efficace de notre espérance. Car cette crainte est une des plus grandes grâces que nous recevons maintenant de sa bonté, et le fondement assuré des promesses de l’avenir. Enfin, Dieu se plait, comme dit le Prophète, en ceux qui le craignent, et notre vie est en sa volonté, et notre salut éternel dépend de son bon plaisir. « Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai. (Psal. CXLVI, 11). » Avec quelle douce libéralité, Dieu ne manque jamais à ceux qui espèrent en lui ! Tout le mérite de l’homme consiste principalement à mettre toute son espérance en celui qui sauve tout l’homme : «vos pères ont espéré en vous, ils ont espéré, et vous les avez délivrés. Ils ont crié vers vous, et vous les avez sauvés. Ils ont espéré en vous, et ils n’ont pas été confondus. ( Psal, XX, 5). » Car où est celui qui a espéré en lui, et a été confondu ? Espérez en lui, peuple fidèle. Vous posséderez tous les lieux où vous poserez le pied. Oui, si loin que vous alliez dans votre espérance, vous posséderez tout le bien qu’elle aura embrassé si votre espérance est fondée solidement en Dieu, si elle est ferme et inébranlable. Pourquoi le fidèle, en espérant en Dieu de cette manière, craindrait-il l’aspic ou le basilic; pourquoi serait-il épouvanté par le rugissement du lion, ou par le sifflement du dragon ?

6. « Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai. » Et afin que celui qui a été délivré n’ait pas besoin d’être délivré une seconde fois, je le protégerai et je le conserverai ! Si toutefois il reconnaît mon nom et ma puissance, ne s’attribue point sa délivrance et en rapporte toute la gloire à mon nom. « Je le protégerai, parce qu’il a connu mon nom. (Hebr. XI, 1). » Quand nous verrons Dieu face à face, ce sera pour nous la gloire : connaître maintenant son nom, est pour nous, en cette vie, la protection dont nous avons besoin. En effet, on n’espère plus quand on voit et quand on possède. La foi nous vient par l’ouïe, (Rom. vin, 24), elle fait subsister dans notre esprit l’objet de notre espérance, ainsi que nous l’apprend saint Paul. « Je le protégerai, parce qu’il a connu mon nom. » Or, ce n’est point connaître véritablement le nom de Dieu que de le prendre en vain, que de lui dire seulement, Seigneur, Seigneur, sans observer ce qu’il nous commande. Ce n’est pas connaître le nom de Dieu, que de ne point l’honorer comme notre Père et comme notre Seigneur. Ce m’est point connaître le nom de Dieu que de tourner nos affections vers les vanités et les folies du monde. Et il est dit : « L’homme est heureux lorsque le nom du Seigneur est toute son espérance et toute sa joie, et qu’il ne regarde point ces vanités et ces folies où il n’y a que de la fausseté et que de l’illusion. (Psal. XXXIX, 5). » Mais celui qui disait : « Il n’y a point d’autre nom donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés, (Rom. VIII, 24,) », connaissait bien ce grand nom de Dieu. Et si nous connaissons ce saint nom qui a été invoqué sur nous, nous devons désirer qu’il soit toujours sanctifié en nous. Nous devons toujours demander cette sanctification dans nos prières, selon que Notre-Seigneur nous a appris à le faire dans ces paroles « Notre père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié. » Mais remarquez encore ces paroles du verset que je vous explique. « Il a crié vers moi et je l’ai exaucé. (Matth. VI, 9). » Voilà quel est le fruit de la connaissance du nom de Dieu, c’est le cri de la prière que nous poussons vers lui. Or l’effet de cette clameur de l’âme qui prie, c’est d’être exaucée par le Sauveur. Car comment pourrait-elle être exaucée si elle n’invoquait pas ? Ou, comment pourrait-elle invoquer le nom du Seigneur si elle ne le connaissait pas? Rendons grâce à celui qui a manifesté aux hommes le nom du Père éternel, et qui a établi le salut dans l’invocation de ce nom tout puissant, selon cette parole d’un prophète : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. (Joël, II, 32).

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
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