Juil. – Dans le secret de la nuit

Mois de Juillet

« Dans le secret de la nuit »

Saint Bernard  

priere-450

Il n’y a pas de temps ni de lieu pour celui qui veut prier. Les heures de loisir conviennent plus particulièrement, surtout lorsque l’assoupissement de la nuit instaure un profond silence. C’est alors que l’oraison jaillit, plus libre et plus pure. “Lève-toi dans la nuit, au commencement de tes veilles, dit le prophète, et répands ton cœur comme de l’eau en présence du Seigneur ton Dieu”. Avec quel secret l’oraison monte au sein de la nuit, quand Dieu seul en est témoin, avec l’ange saint qui la recueille pour la lui présenter à son autel céleste ! Comme elle est charmante et lumineuse, colorée du rouge de la pudeur ! Comme elle est sereine et tranquille : aucun cri, aucun bruit ne vient la troubler ! Comme elle est pure aussi, et sincère : nulle poussière de souci terrestre ne la ternit, elle ne connaît aucune tentation de s’attirer la louange ou les félicitations de quelqu’un qui la regarde ! C’est pourquoi l’Épouse, avec autant de sagesse que de réserve, demande le secret du lit et de la nuit quand elle veut prier, c’est-à-dire chercher le Verbe, car c’est tout un.

Mais tu ne pries pas comme il faut si dans ta prière tu recherches autre chose que le Verbe ou ne recherches pas quelque chose pour le Verbe, car tout est en lui. C’est là qu’est le remède aux blessures, le secours dans les nécessités, l’annulation des fautes, la richesse des progrès. Bref, c’est là que se trouve tout ce que les hommes peuvent et doivent désirer recevoir et posséder. Ne demande donc pas sans raison autre chose que le Verbe, puisque lui est tout. Car si nous croyons devoir demander des biens matériels si c’est nécessaire, et si nous les demandons à cause du Verbe, comme il se doit, alors ce ne sont pas tellement ces choses que nous recherchons, mais bien plutôt le Verbe, à cause de qui nous demandons autre chose. Ils le savent bien ceux qui ont coutume de n’user des choses d’ici-bas que pour être dignes d’accueillir le Verbe.

N’hésitons pas cependant, à scruter encore le secret de ce petit lit et de cette heure nocturne ; peut-être s’y trouve-t-il caché quelque mystère spirituel qu’il serait profitable de mettre au jour. Si vous le voulez bien, nous dirons que par ce nom de lit est figurée l’infirmité humaine, et que les ténèbres nocturnes sont l’image de notre ignorance. Dès lors, il sera convenable de rechercher de manière très pressante la force de Dieu et la sagesse du Verbe de Dieu, contre ce double mal originel. N’est-ce pas ce qui convient le mieux, d’opposer la force à l’infirmité et la sagesse à l’ignorance ?

Et pour qu’il ne reste aucun doute dans le cœur des plus faibles sur cette interprétation, qu’ils écoutent ce que dit le saint Prophète à ce sujet : “Le Seigneur lui apportera secours sur son lit de douleur. Tu refais tout entière la couche où il languit”. Voici pour le lit. Et pour la nuit d’ignorance, quoi de plus clair que ce qu’en dit un autre psaume : “Dépourvus de savoir et d’intelligence, ils marchent dans les ténèbres”, parlant sans doute de cette ignorance où sont tous les hommes depuis leur naissance ? C’est en elle aussi que l’Apôtre dit être né et dont il se glorifie d’avoir été retiré : “Il nous a soustraits à la puissance des ténèbres”. C’est pourquoi il disait ailleurs : “Nous ne sommes pas fils de la nuit et des ténèbres” et s’adressant à tous : “Comportez-vous en fils de lumière”.

Sermons sur le Cantique, sermon 86, 3
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