Mai – Une vive allégresse
Mois de Mai
« Une vive allégresse ! »
Amédée de Lausanne
« Il y a un temps pour la joie, dit Salomon, et un temps pour la tristesse ». La tristesse est passée, et voici le temps de la joie, la vraie joie, celle qui vient de la résurrection. Le Christ, en effet, s’est levé, et il a relevé l’âme de sa mère. Celle-ci gisait comme dans le tombeau très étroit de la douleur, tant que le Seigneur gisait dans le sépulcre. Mais lui ressuscitant, son âme à elle revint à la vie, et comme s’éveillant d’un profond sommeil, elle aperçut dans la lumière matinale le Soleil de justice et les rayons du ressuscité ; elle contempla le lever de l’aurore naissante, et la future résurrection de la chair réalisée en son Fils.
Ses yeux se rassasiaient du corps radieux du Ressuscité et son âme contemplait la gloire de sa divinité. Ravie hors d’elle-même et oublieuse d’elle-même dans sa joie, elle adhérait ainsi d’un cœur immense au Père des esprits, et, fixée en Dieu, elle était tout entière transportée en celui dont l’amour infini la remplissait tout entière.
Seigneur, dans ta force elle s’est grandement réjouie, et ton secours lui a causé une vive allégresse. Tu lui as accordé le désir de son coeur, et tu ne l’as pas frustrée de la prière de ses lèvres, parce que tu l’as prévenue de tes douces bénédictions.
Ô bienheureuse Vierge, tu es donc en possession de ta joie. Ton désir est accompli, et le Christ, couronne de ta tête, t’a apporté la souveraineté du monde par la miséricorde. Pour toi, il est monté victorieux des enfers, il a brisé les portes d’airain, rompu les barres de fer, il s’est emparé des forteresses de l’enfer, a écrasé les têtes du dragon. Il a tué la mort et mis aux fers l’auteur de la mort.
Ensuite, il a retiré les siens des ténèbres et il a rompu leurs liens. Il s’est associé les âmes de tous les justes marchant à la lumière de son visage et exultant en son nom. Elles ont été exaltées dans sa justice, elles qui avaient été humiliées par leurs injustices.
Dans son passage aux Enfers, le Seigneur Jésus fut seul, ainsi que l’a chanté David à son sujet disant : « Pour moi, je suis seul, tandis que je passe ». Seul à l’entrée, mais nullement seul à la sortie, car il a ramené avec lui d’innombrables milliers de saints. Il est tombé en terre et il est mort, de sorte qu’il a porté beaucoup de fruit. Il s’est laissé tomber comme une semence pour récolter en moisson le genre humain.
Heureux le sein de Marie où pareille semence a pris racine. Heureuse celle à qui il a été dit : « Ton ventre est un monceau de froment entouré de lis ». Vrai monceau de froment, le sein qui se remplit du grain du Christ et d’où leva toute une moisson de rachetés ! Oui, morts au péché en nous-mêmes à la fontaine baptismale, par le bain de la régénération, nous renaissons au Christ afin de vivre à celui qui est mort pour nous. D’un seul grain viennent donc des moissons nombreuses, et c’est du sein de la Vierge que sort ce grain.
Homélie mariale, 6.
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159) – Moine cistercien, puis évêque
