Août – Mois de l’Assomption

MOIS D’ AOUT

Murillo-1670-Ermitage-350

Assomption de la Vierge Marie – Murillo – 1670 – Musée de l’Ermitage

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

DOGME DE FOI PROCLAMÉ EN 1950 PAR LE PAPE PIE XII

« Nous proclamons […] que c’est un dogme divinement révélé, que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin de sa vie terrestre a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste »

Et dans le texte de la bulle, Pie XII cite une phrase de « l’homélie VII » d’Amédée :
« Il n’est pas permis de croire que son corps ait connu la corruption ».

Maintenant, écoutons-le.

LA MORT DE LA VIERGE ET SON ASSOMPTION

AMÉDÉE DE LAUSANNE – Abbé cistercien (1110-1159)

Tandis que je médite et que très souvent je reviens en esprit sur l’assomption de la mère de Dieu, une question se présente à moi, digne d’examen, utile à résoudre et qui vous paraîtra très douce, une fois communiquée. On se demande en effet pourquoi, lors de l’ascension du Seigneur, sa mère, qui l’entourait d’une telle affection, ne l’a pas suivi aussitôt. Aucune ombre de péché ne l’avait ternie, aucune tache n’avait éclaboussé sa vie; sa charité la rendait plus ardente qu’un brasier, sa chasteté plus brillante que la lumière, son enfantement virginal inouï plus éclatante même que les habitants des cieux : il paraît donc étonnant qu’elle n’ait pas été aussitôt entraînée dans les airs avec son Fils.

Sans doute, Énoch marcha avec Dieu dans la pureté du cœur, et on ne le vit plus parce que Dieu l’avait enlevé. De même, il est rapporté qu’Elie, enflammé du zèle ardent de la charité, fut enlevé sur un char de feu par des chevaux de feu. Mais elle, qui surpassait Enoch […] et était plus grande qu’Elie […] pourquoi n’était-elle pas emportée au ciel immédiatement avec celui qu’elle avait enfanté ? Elle était en effet pleine de grâce et bénie entre les femmes. Seule, elle a mérité de concevoir le vrai Dieu de vrai Dieu. Vierge, elle l’a mis au monde ; vierge, elle l’a allaité, le pressant sur son sein, et elle l’a nourri en tout avec l’empressement dévoué d’une servante. Enfin elle a souffert en esprit plus que dans la chair avec lui quand il mourait, elle a revécu en esprit avec lui quand il ressuscitait. Pourquoi ne monte-t-elle pas avec lui quand il monte ? Certes, sa chair très sainte qui fut enceinte de l’Esprit-Saint, qui se gonfla du germe du grand Roi, dans laquelle Dieu s’est fait homme, le Verbe s’est fait chair, et où, par la médiation du Christ, la plénitude de la divinité demeura corporellement, eut dû, semble-t-il, être introduite au ciel dès que le Seigneur y fut monté. Pourquoi donc fut-elle retardée même d’un instant, et séparée de son Fils ? Pourquoi son désir si saint, plus ardent que le feu, fut-il différé ?

C’est que ce délai ne fut pas une mince consolation pour les disciples du Christ. Ce délai n’ôta rien à la mère, et il apporta au monde des remèdes de salut. Le Seigneur Jésus voulut en effet que, après son retour auprès du Père, les apôtres pussent jouir de l’assistance et de l’éducation maternelles. Bien que, déjà instruits par l’Esprit, ils avaient encore à apprendre de celle qui donna au monde le Soleil de justice et fit jaillir pour nous de son sein immaculé, comme d’une prairie virginale, la source de la Sagesse. Enfin, dans son admirable bonté, la Providence a voulu que l’Eglise primitive, qui ne voyait plus Dieu présent dans notre chair, pût voir sa mère et être réconfortée par cette vue si aimable.

Corps et âme dans la gloire du ciel, Marie demeure notre Mère

« Il se tient à ma droite pour que je ne sois pas ébranlée. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui et ma langue a exulté ». Bien plus, ma chair aussi repose dans l’espérance. Car tu ne m’as pas laissée dans le monde et tu ne permettras pas que le corps de ta mère voie la corruption. (Ps 15, 8-10) […]

Élevée au milieu des acclamations de joie et de louange, elle est donc placée, première après Dieu, sur un trône de gloire, au-dessus de tous les habitants du ciel.

Là, ayant retrouvé la substance de sa chair – car il n’est pas permis de croire que son corps ait connu la corruption et revêtue d’une double robe – elle contemple des yeux de l’âme et du corps l’Homme-Dieu dans ses deux natures, avec une ardeur d’autant plus vive que sa vision est plus limpide entre toutes.

Puis, s’abaissant vers le genre humain avec une indicible charité et tournant vers nous ces yeux si miséricordieux qui sont la lumière du ciel, elle fait monter une prière universelle pour le clergé et le peuple, hommes et femmes, vivants et morts. Du ciel, la Vierge toute glorieuse nous vient en aide ici-bas et par sa prière toute puissante, elle chasse tous les maux et donne tous les biens ; pour tous ceux qui la prient du fond du coeur, elle se fait leur protection pour la vie présente et pour la vie future. Se rappelant bien pour quel but elle est devenue mère du Rédempteur, elle accueille très volontiers les prières de tout pécheur et implore auprès de son Fils pour toutes les fautes des pénitents. Assurément, elle obtiendra ce qu’elle voudra, cette mère chérie, elle dont les très chastes entrailles ont été le chemin par où le Verbe de Dieu est venu jusqu’à nous pour laver dans son sang les souillures du monde et la caution de l’antique péché.

Extrait homélie VII dans « Huit homélies mariales »
Texte intégral
 

Qui est Amédée de Lausanne

Amédée entre à Clairvaux en 1125, sous la direction de Saint Bernard, après avoir passé quelque temps à Cluny. En 1139, il est nommé Abbé d’Hautecombe. Mais dès 1144, il doit renoncer à cette fonction, car il est nommé Evêque de Lausanne. Il se préoccupe alors d’étendre le rayonnement de son Ordre qui possède trois monastères dans son diocèse, dont Hauterive. Il eut des missions particulières qui le firent participer à la politique européenne de l’époque. Il meurt le 27 août 1159.

Voir également la page « Quelques auteurs cisterciens »