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Horaires 31 octobre / Toussaint

Changement d’horaire

  • Dimanche 31 octobre : messe à 10h30 présidée par Monseigneur André Marceau – Evêque de Nice
  • Lundi 1er novembre : messe à 10h30 présidée par Monseigneur Bernard Barsi – Evêque émérite de Monaco

Octobre – Psaume 90 – 8-10

Mois d’octobre

Ecoutons Saint Bernard – Sermons 8, 9 et 10 sur le psaume 90

DIXIÈME SERMON. « Il ne vous arrivera point de mal ; et le fléau n’approchera point de votre tabernacle (Psal. XC, 10 ) . »

automne-4001. Mes très-chers frères, je ne vous ferais pas toujours des discours si longs, si j’avais la liberté de vous entretenir plus souvent; et je pense que vous, avez pu reconnaître quelquefois que la longueur de mes entretiens ne venait que de là. Et quand mes occupations m’ont réduit à cette fâcheuse nécessité, d’être plusieurs jours sans pouvoir vous faire d’exhortation, et sans pouvoir vous consoler par mes discours, je pense que personne de vous n’a dû s’étonner que, désirant ensuite réparer le temps perdu, j’aie fait mes instructions plus longues, en raison de ce qu’elles étaient plus rares, je commence, mes frères, par cette espèce de petite préface, afin que vous excusiez la longueur du sermon d’hier et que vous ne trouviez rien à redire si je suis plus court aujourd’hui; car j’ai sujet de craindre que cette longueur d’hier n’ait déplu à quelques-uns, et que la brièveté d’aujourd’hui, ne déplaise aux autres. Je crois même que l’on eût peut-être mieux aimé que ces deux discours fussent également courts, que de les voir ainsi inégaux.

« Sa vérité vous couvrira d’un bouclier, dit le Prophète: Vous ne craindrez point les frayeurs de la nuit, ni la flèche qui vole durant le jour, ni les entreprises que l’on fait dans les ténèbres, ni les attaques et le démon du midi : Il en tombera mille à votre gauche et dix mille à votre droite; mais aucun d’eux n’approchera de vous. » Je vous ai parlé dans mes sermons précédents, selon que la vérité même a daigné me suggérer de le faire. Je vous ai montré comment Dieu protège l’âme fidèle, tantôt contre les tentations, et tantôt contre les difficultés de cette vie. Le même Prophète les a marquées dans un autre psaume en moins de paroles qu’en celui-ci, lorsqu’il a dit : « Je serai délivré par vous, de la tentation, et je dépasserai les murailles par le secours de mon Dieu (Ps. XVII, 30). » Ce qui signifie que le fidèle qui marché sous la conduite du Seigneur, ne rencontre rien dans la voie du salut qui le blesse ou qui l’arrête. Le premier psaume nous montre comment Dieu retire souvent notre âme des mains de ses ennemis; et le second, combien notre délivrance est sûre et entière. Car dans les paroles qui suivent: « Vous les verrez de vos yeux » je crois qu’il est question de la promesse d’une félicité immense : « Il en tombera, dit le Prophète, mille à votre gauche, et dix mille à votre droite ; mais aucun d’eux n’approchera de vous, vous le verrez de vos yeux. » Ainsi soit-il, Seigneur, ainsi soit-il; que mes ennemis tombent, et que je ne tombe pas; qu’ils soient épouvantés et que je demeure intrépide; qu’ils soient confondus et que je n’éprouve aucune confusion.

2. Le Prophète, par ces paroles, nous marque assez évidemment : l’immortalité de l’âme : et même établit le dogme de la résurrection des corps. Car elles signifient, que lorsque mes ennemis périront, je subsisterai et serai en état de voir, de mes propres yeux, leur dernière punition ; car il ne dit pas simplement : « Vous les verrez ; » mais il ajoute: « de vos yeux : » c’est-à-dire de ces mêmes yeux qui languissent maintenant et se fatiguent à force de regarder le Dieu de nos espérances qui arrive. En effet, mes frères, les yeux nous manquent pour voir ce que nous espérons; car on ne voit pas, dit l’Apôtre, ce que l’on espère; l’objet qui est présent à la vue, ne pouvant pas être un objet d’espérance (Rom. VIII, 25 et 25). » Vous contemplerez donc alors ce que vous ne pouvez voir maintenant, et ce sera de ces mêmes yeux que vous n’osez pas seulement lever au ciel; oui, de ces yeux si souvent inondés de larmes et abattus par la pénitence. Car, ne pensez pas que Dieu vous donne de nouveaux yeux ; il renouvellera seulement les vôtres. Mais qu’ai-je besoin de vous parler de nos yeux, qui sont ce qu’il y a de plus excellent dans le corps de l’homme, malgré leur petitesse ? Ne nourrissons-nous point dans notre cœur cette, heureuse espérance, par la promesse de la Vérité qu’il ne périra pas même un seul cheveu de notre tête ?

3. Si Dieu nous promet formellement que nous les verrons de nos propres yeux, c’est peut-être parce qu’il semble que c’est le souverain désir de l’âme, de voir les biens qu’elle attend. « Je crois, dit le Prophète, que je verrai les biens du Seigneur en la terre des vivants (Ps. XXVI, 13). » L’âme qui ne voit en cette vie que par la foi, désire avec ardeur contempler de ses propres yeux la suprême vérité. L’œil n’a nulle, part à la foi, et elle est donnée et entretenue seulement par le ministère de l’ouïe. « Cette foi fait subsister dans notre esprit les choses que nous espérons, elle est un abrégé des vérités qui ne paraissent pas aux sens ( Heb. XI, 1). » De sorte que nos yeux font défaut à l’égard des objets de la foi, aussi bien que de l’espérance; aussi un prophète a-t-il dit : « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille (Isa. 4, 5). » Mais quelque jour il nous ouvrira aussi les yeux. Il arrivera un temps, où il ne se contentera pas de dire à l’âme fidèle : « Écoutez ma fille, considérez, et que votre oreille soit attentive (Psal. XLIV, 12) : » mais il lui dira, levez les yeux et contemplez. Contemplez quoi ? le souverain bien qui doit nous combler de joie et de bonheur et que Dieu nous conserve. Quels sont ces biens ? ce ne sont pas seulement des biens infinis dont nous pouvons être instruits par le ministère de l’ouïe et dont nous pouvons croire ce qui nous en est enseigné; mais ce sont encore des biens dont l’oreille n’a jamais entendu parler, qui ne sont jamais entrés dans la pensée de l’homme, et que son œil n’a jamais vus, les biens que Dieu a préparés à ceux qui l’aiment (Isa. LXIV, 4 et 1. Cor. II, 9). En sorte que notre œil, par la vertu de la résurrection, sera capable de voir ce que notre oreille n’a jamais entendu, et ce que notre esprit même n’est pas capable de comprendre dans l’état où nous sommes. Et je pense que c’est à cause de cet ardent désir qu’a notre âme de voir, même par les yeux du corps, les vérités qu’elle apprend par l’oreille, et qui sont l’objet de sa foi, que l’Écriture-Sainte parle de ces yeux corporels en des termes qui nous promettent et qui nous annoncent évidemment que nous devons ressusciter. « Je crois, dit le saint homme Job, que mon âme sera de nouveau rétablie dans ce corps et que je verrai Dieu, mon Sauveur, en ma propre chair; je le verrai, dis-je, moi-même; ce ne sera pas un autre qui le verra à ma place : et je le contemplerai de mes propres yeux. Cette espérance, continue-t-il, a été mise dans mon sein comme un précieux dépôt (Job. XIX, 26 et 27). »

4. Nous avons, peut-être, sujet de faire une attention particulière à ces paroles : « Je contemplerai de mes propres yeux, » qui rappellent celles que je vous explique. Vous les contemplerez de vos propres yeux (Psal. XC, 3). » Pensez-vous que mes yeux soient maintenant véritablement à moi ? Assurément non. Ils étaient autrefois à moi, et faisaient partie de ces richesses dont Dieu m’avait confié l’usage, comme un père qui fait part de ses biens à ses enfants. Mais j’ai mal conservé cette portion d’héritage; je l’ai promptement perdue; je l’ai dissipée en peu de temps. La loi du péché s’était emparée de tous mes membres, et s’en était rendue la maîtresse. La mort entrait librement par mes yeux, et au lieu que j’en devais être exempt, j’en suis devenu le captif. J’étais tombé dans une misérable et honteuse servitude, étant assujetti non pas à des hommes, mais à une foule de passions des plus sales et des plus impures. Je n’étais même pas simplement un mercenaire, mais un esclave, et si éloigné de recevoir un salaire, que même on me refusait ma nourriture. D’ailleurs cette nourriture, si je l’avais reçue, m’aurait été encore plus funeste que la faim dont j’étais dévoré. Personne même ne voulait me donner ce qu’on donne aux pourceaux, et dont je me serais contenté. En sorte que vivant parmi ces animaux, il ne m’était pas même permis de vivre avec eux. Enfin mes yeux étaient-ils à moi, lorsqu’au lieu de m’être utiles, ils faisaient leur proie de mon âme elle-même ? Réduit à cette extrémité, j’ai été contraint de remettre entre les mains de notre souverain dominateur tous les biens qu’il m’avait donnés, afin qu’il les défendit de la tyrannie de mon ennemi, ce que je ne pouvais faire moi-même.

5. Considérez attentivement, mes chers frères, quelle puissance vous a délivrés du joug insupportable de Pharaon, afin de prendre garde de ne faire plus de vos membres des armes d’iniquité, pour vous assujettir au péché, et le faire régner dans vos corps mortels. Ce n’est pas le fait de votre puissance; mais c’est l’œuvre de la droite du Seigneur. Il n’y a que celui qui peut tout, qui puisse produire de si merveilleux changements. Ne dites donc pas : « C’est notre main puissante qui nous a délivrés. » Mais reconnaissez, et cette confession sera aussi salutaire que véritable, que c’est le Seigneur qui fait en vous toutes ces choses. Enfin, que chacun de nous soit convaincu qu’il a besoin de se tenir sur ses gardes en toutes sortes de rencontres, de peur qu’il n’arrive que, pendant ces jours mauvais, comme dit l’Ecriture, et tandis que nul homme n’est en sûreté nulle part, nous n’ayons la présomption de reprendre l’héritage que nous avons entre les mains d’un gardien si bon et si vigilant, et la volonté d’en user de nouveau, avec une liberté pleine de périls et tout à fait pernicieuse. Il est jaloux des biens qu’il nous avait donnés; mais c’est par une bonté paternelle qu’il en est jaloux. Ce n’est pas par envie; mais dans une pensée de prévoyance, qu’il nous commande de lui laisser entièrement entre les mains tout ce que nous possédons afin que, rien de ce qu’il nous avait donné ne périsse.

Et lorsque vous serez arrivés à cette grande et sainte Cité, dais l’enceinte de laquelle il fait régner la paix, et où l’on n’a plus,à craindre les attaques des ennemis, non-seulement il vous rendra entièrement à vous-mêmes, mais il se donnera lui-même à vous. En attendant, éloignez-vous courageusement de votre propre volonté, et n’ayez jamais la témérité d’usurper et de vous approprier l’usage des membres que vous avez consacrés à Dieu, vous rappelant qu’ils sont destinés à des usages saints, et ne les faites jamais servir à la vanité, à la curiosité, à la volupté ou à quelque autre œuvre mondaine de ce genre; car vous ne le pourriez faire sans un très-grand sacrilège. « Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que vos corps sont le temple du Saint-Esprit que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes (I Cor. VI, 19) ? » Votre corps, dit-il encore ailleurs, n’appartient point à la fornication ( I, Cor. VI, 13). » Mais, à qui appartient-il ? Est-ce à vous ? Je ne trouverais pas étrange que vous en voulussiez disposer à votre gré, si vous pouviez le délivrez par vos propres forces, de ses passions ou du moins si vous pouviez le défendre une fois qu’il en serait délivré. Mais si vous ne le pouvez pas, ou plutôt puisque vous ne le pouvez pas, laissez ce, corps, sous la domination du Seigneur, au lieu de le laisser au pouvoir de ses passions : qu’il serve à la sainteté pour qu’il ne recommence à être encore, mais d’une manière plus fâcheuse, l’esclave des passions. « Je ne vous propose qu’une sainteté humaine, dit l’Apôtre, à cause de l’infirmité de votre chair, et de même que vous avez abandonné vos membres à la servitude du péché, pour en commettre les œuvres, ainsi consacrez maintenant vos membres à la servitude de la justice, pour ne faire que des œuvres de sainteté (Rom. VI, 19). » C’est donc à cause de la faiblesse de notre nature qu’il se contente de parler de cette sorte, comme il le dit lui-même. Mais lorsque ce qui était faible dans son origine sera établi dans une force nouvelle, par la vertu de la résurrection, nous ne serons plus réduits à la nécessité de nous soumettre à aucun genre, de servitude. Quand nous jouirons d’une sécurité pleine de liberté, et d’une liberté pleine de sécurité, pouvons-nous douter que Dieu ne nous rende pleinement à nous-mêmes ? Serait-il possible que ce divin père de famille ne voulût pas établir dans une parfaite liberté de fidèles serviteurs qu’il établira sur tous ses biens ?

6. Vous contemplerez donc alors de vos propres yeux, les objets qui feront votre bonheur, pourvu que en attendant vous soyez fidèles à reconnaître que ces yeux appartiennent à Dieu, non à vous. Car, lors même que vous n’auriez point d’égard aux vœux que vous avez faits, par lesquels, en renonçant à votre propre volonté, vous avez consacré au service de Dieu ces membres que vous ne sauriez défendre par vous-mêmes de la tyrannie du péché, serait-il possible que vous eussiez envie de regarder comme étant à vous, des membres dans lesquels une loi contraire à celle de Dieu habite toujours; si elle n’y règne pas; des membres, dis-je dans lesquels la peine du péché, qui est votre second ennemi, non-seulement demeure, mais- prévaut et domine sans obstacles ? Voulez-vous nommer votre corps, un corps qui est soumis à la mort à cause du péché, ou bien, direz-vous. que votre chair appartienne à votre âme, quand elle ne cesse de l’accabler ? Certainement si nous voulons donner à ce corps le nom qui lui convient, nous ne devons pas l’appeler notre corps, mais notre fardeau et notre prison. De même comment pouvons-nous dire, par exemple, que nos yeux sont à nous, lorsque la plupart du temps, soit que nous le voulions, soit que nous ne le voulions pas, ils sont accablés par le sommeil et incommodés par la fumée ? Un peu de poussière les blesse, une humeur maligne qui s’y répand leur cache la lumière tout d’un coup : ils ressentent quelquefois des douleurs excessives; et enfin ils s’éteignent entièrement à la mort.

Vos yeux ne commenceront à être pleinement à vous, que lorsqu’ils ne seront plus sujets à tous ces accidents, et que vous aurez la liberté entière de vous en servir, pour contempler toutes choses à votre gré, sans craindre aucun empêchement. Nous ne serons plus occupés alors à détourner nos yeux de la vanité, parce qu’ils seront toujours occupés à contempler la vérité dans toute sa pureté. La mort n’entrera plus dans notre âme par l’ouverture de nos yeux, car cette dernière ennemie aura péri elle-même. Pourriez-vous craindre que, dans le ciel, où tous le saints brilleront comme autant de soleils, vos yeux ne fussent éblouis ? J’avoue que cela serait à craindre, si la résurrection ne devait pas mettre nos yeux, comme toutes les autres parties de notre corps, dans un état de gloire.

7. « Et vous serez spectateur de la punition des méchants. » Ce sera pour eux un insupportable supplice, et le comble de tous leurs maux d’être ainsi exposés à la vue des saints. Car il semble que ce leur serait une sorte de soulagement dans leurs tourments, de pouvoir se faire oublier de ceux qu’ils ont persécutés avec tant de méchanceté, ou du moins de pouvoir s’éloigner de leur vue. Mais si ce doit être pour eux un surcroît de misère et d’affliction que nous les voyons dans leurs supplices, quel besoin aurons-nous pour nous-mêmes d’avoir cet objet devant les yeux ? Quelle utilité, quelle satisfaction en pourrons-nous tirer ? Car, en l’état où nous sommes, que peut-on se figurer de plus contraire à la charité, de plus inhumain, de plus cruel, que de repaître ses yeux de la vue du sang même de ses plus cruels ennemis, quelque méchants qu’ils fussent ? Il est néanmoins certain que comme les pécheurs, voyant que Dieu appellera les justes à la participation de sa gloire, en sécheront d’envie, et en frémiront de dépit et de rage; ainsi les justes, voyant les maux dont ils seront garantis, en seront comblés de joie. Car Dieu appellera les élus à son royaume, avant de précipiter les réprouvés dans les flammes éternelles, afin que ces malheureux sentent une plus vive douleur en regardant ce qu’ils auront perdu. Et comme la vue de cette terrible séparation des boucs d’avec les agneaux sera, aux réprouvés, l’occasion d’une violente jalousie, ainsi la considération de l’état déplorable des réprouvés sera, aux élus, un sujet infini d’actions de grâces et de louanges. Car, où les justes pourraient-ils trouver une plus ample matière à rendre grâce à Dieu au sein de leur inénarrable félicité, que dans la vue de la punition des méchants à laquelle ils n’ont échappé que par la miséricorde du Rédempteur qui les a distingués de ces misérables ? D’où viendraient également aux méchants leurs sentiments de fureur et de désespoir, sinon de ce qu’ils verront que d’autres qu’eux seront élevés, en leur présence, dans le règne de l’éternelle félicité, tandis qu’ils seront réduits à gémir éternellement dans les puanteurs de l’enfer; dans ces horreurs et ces tourments d’un feu éternel, et dans les misères d’une mort immortelle.

« Il n’y aura dans ce lieu de leur supplice, comme dit Notre Seigneur, que des pleurs et des grincements de dents (Matth. XIII, 50).» Le feu qui ne s’éteindra jamais, les fera toujours pleurer, et les remords de leur conscience, qui. les rongeront comme un ver immortel, exciteront sans cesse leur horrible grincement de dents. Car la douleur leur fera répandre des larmes, et, dans leur fureur, ils grinceront des dents. Ainsi les tourments extrêmes que souffriront les damnés, les forceront de pleurer, et la véhémence de leur jalousie, jointe à leur malice obstinée, les remplissant de rage, les contraindra sans cesse de grincer des dents. Vous serez donc spectateurs de cette punition des méchants, afin que, en connaissant par eux de quel péril vous aurez été délivrés, vous ne puissiez jamais devenir ingrats envers votre souverain libérateur.

8. Ce n’est pas, seulement pour cette raison que Dieu veut que ses élus contemplent, de leurs propres yeux, les châtiments de ses ennemis, mais c’est encore afin de les tenir dans une parfaite assurance; et dans un plein repos. Car ils verront qu’ils n’auront plus à craindre la malice des hommes ni celle des démons : en effet, ils en auront vu mille à droite et dix mille à gauche précipités pour l’éternité dans l’enfer. Pensez-vous que les bienheureux , sans cette assurance, ne pourraient pas tomber encore dans quelque crainte, et se défier de ce serpent, dont les ruses surpassent tout ce qu’on peut imaginer de plus artificieux dans toutes les autres créatures ? Pensez-vous que se souvenant que la première des femmes étant pleine de forces et de lumières, ne laissa pas d’être séduite dans le paradis par ce dangereux ennemi, ils se puissent croire tout à fait à l’abri de ses embûches, s’ils ne voyaient ce chef des réprouvés, avec tous ses membres, précipité dans les flammes éternelles, et un abîme infini se creuser entre eux et lui ?

9. Quand vous considérerez la punition des pécheurs, vous aurez encore ce troisième avantage que l’éclat de votre gloire vous paraîtra plus grand, par la comparaison que vous en ferez avec leur horrible misère : car lorsqu’on compare entre elles des choses contraires, leur opposition ressort plus vivement. Ainsi le blanc parait davantage quand on le compare avec le noir; et le noir, plus noir quand il est opposé au blanc. Le Prophète d’ailleurs s’en explique bien clairement : « Le juste, dit-il, se réjouira, quand il verra la vengeance, pourquoi cela ? parce qu’il lavera ses mains dans le sang du pécheur (Psal. LVII, 11). » Il ne souillera pas, mais il lavera ses mains dans ce sang en sorte que ce sang qui souille le pécheur fera paraître le saint plus pur, et la honte de l’un donnera un nouveau lustre à l’autre.

10. Ces trois raisons montrent assez que dans l’état où seront les élus, ils seront bien éloignés d’avoir pour ce spectacle aucun des sentiments de répugnance que nous éprouverions maintenant. Mais ce n’est pas encore pour ces raisons que la Sagesse divine rira de la perte des réprouvés. Il est hors de doute qu’elle en fera sa joie, puisqu’elle même le prédit, et qu’elle est incapable de mentir. « C’est, dit-elle, parce que je vous ai appelés et que vous n’avez pas répondu à ma voix, parce que je vous ai tendu les mains et que vous n’avez point voulu me regarder, c’est pour cette raison, ajoute-t-elle un peu plus loin, que je rirai de votre perte, et me moquerai de vous, lorsque les maux que vous craigniez le plus vous seront arrivés; lorsque vous serez accablés par une soudaine calamité, et que la ruine fondra sur vous, comme une tempête (Prov. I, 24). » Qu’est-ce donc, à notre avis, qui doit plaire à la Sagesse éternelle dans la perte des insensés, sinon la juste disposition, et l’ordre irrépréhensible des choses qui se feront remarquer dans cette perte ? Certainement ce qui sera agréable à la Sagesse éternelle plaira pareillement aux sages. Ne pensez donc pas qu’il sera dur et pénible, pour vous, de contempler, de vos yeux, les supplices des méchants, selon la promesse qui vous en est faite ; puisque vous rirez même de leur perte, non point par un barbare sentiment de cruauté, mais parce qu’il est impossible que la vue de l’ordre parfait établi par la divine Providence, ne donne pas un extrême plaisir à tous les hommes qui auront du zèle pour la justice et pour l’équité. Quand vous connaîtrez pleinement et parfaitement, par la lumière de la vérité dont vous serez remplis, que toutes choses sont parfaitement ordonnées, et que à chacun est échue la place qui lui convient, ou plutôt que chacun a le sort qu’il mérite. Comment ne pas donner des louanges au dispensateur souverain de toutes choses ? Saint Pierre parlant de la perte du fils de perdition, dit avec raison : « qu’il était allé à sa place (Act. 1, 25). » Il était convenable, eu effet, que le compagnon des puissances de l’air mourût aussi en l’air, par l’épanchement de ses entrailles, et que celui qui avait trahi le Sauveur vrai Dieu et vrai homme, descendu du ciel pour opérer notre salut sur la terre, mourût ainsi entre le ciel qui ne le recevait point et la terre qui ne pouvait plus le souffrir.

11. Voilà donc pourquoi vous contemplerez de vos propres yeux, et serez spectateurs de la punition des méchants. « Premièrement, pour que vous voyiez la damnation à laquelle vous avez échappé, secondement, pour que vous reconnaissiez mieux combien grande est votre sécurité ; en troisième lieu, pour que vous puissiez comparer votre état à la misère des méchants ; et quatrièmement, pour la satisfaction de votre zèle de la justice. Et nous ne devons pas penser que là où il n’y aura plus aucun espoir de correction pour les méchants ; il n’y ait plus encore place pour eux à quelque sentiment de compassion. Alors nous serons étrangers à cette sympathie naturelle qui est propre à l’infirmité de la nature humaine. La charité sait en faire usage pour le salut durant cette vie, en recevant dans son sein les différents mouvements de l’âme, tant ceux qui portent à la joie, que ceux qui portent à la tristesse, de même que le pêcheur sur mer prend indifféremment dans ses filets tous les poissons bons et mauvais qui se présentent, et ne les sépare que sur le rivage, en sait user maintenant. Mais un jour elle portera tellement les saints à se réjouir avec ceux qui seront clans la joie, qu’elle les rendra incapables de s’affliger avec ceux qui seront dans la tristesse et les larmes. Et comment pourrions-nous condamner les coupables si cela n’était pas, si nous n’étions entièrement dégagés de cette sensibilité qui mous fait compatir aux peines des autres, et si nous n’étions établis dans les celliers enivrants du Seigneur dont le Prophète a voulu parler quand il a dit : « J’entrerai dans les puissances du Seigneur, ô mon Dieu, je ne veux me souvenir que de votre justice (Psal: LXX, 16) ? » Et même en ce monde, il ne nous est pas permis de considérer la personne du pauvre, ou d’avoir pitié de lui, quand il s’agit de le juger; mais nous sommes obligés, dans ces rencontres, de retenir les sentiments de compassion, quelque peine que cela nous fasse, et nous devons penser seulement à rendre nos jugements équitables. A combien plus forte raison lorsque nous ne sentirons plus aucun combat en nous-mêmes, et que nous ne serons plus capables d’aucune impression de tristesse et de douleur, faudra-t-il que cette prophétie s’accomplisse : « Les juges seront absorbés et joints à la pierre (Psal. CXL, 6) ; » c’est-à-dire : Ils seront entièrement absorbés dans l’amour de la justice, et imiteront la solidité de la pierre à laquelle ils seront unis ? De cette Pierre, dis-je, pour laquelle ils ont tout abandonné. C’est là ce que le Sauveur a promis en ces termes, pour récompense, à saint Pierre qui lui avait demandé ce qu’ils recevraient un jour : « Lorsque le fils de l’homme sera assis sur le siège de sa majesté, vous aussi, vous serez sur douze sièges, et jugerez les douze tribus d’Israël (Matth. XX, 28). » C’est ce qui faisait dire au Prophète : « Le Seigneur viendra pour juger avec les plus anciens de son peuple (Isa. III, 14). » Pensez-vous qu’on puisse trouver quelque chose de flexible dans des juges qui sont unis et incorporés à cette pierre de l’Ecriture ? « Celui qui est attaché à Dieu, dit l’Apôtre, ne fait avec lui qu’un esprit (I. Cor, VI, 17) ; » et celui qui est uni à la pierre ne fait qu’un avec elle. Sans doute c’est après cet heureux état que soupirait le Prophète quand il disait : « Il m’est bon de m’attacher à Dieu (Psal. LXXII, 28).» Les juges des nations seront donc absorbés dans la justice, parce qu’ils seront entièrement unis à celui qui nous est figuré par cette pierre. Quel témoignage d’amour ! quel comble d’honneur ! quels privilèges pour ceux qui mettent en Dieu tout leur espoir ! quelle sécurité parfaite !

12. Que pouvons-nous maintenant nous figurer de plus à craindre, de plus capable de nous remplir d’inquiétudes, et de nous donner des appréhensions, que d’avoir à paraître devant le tribunal de Dieu pour être jugés, et d’attendre la sentence d’un juge si exact et si rigoureux, sans pouvoir être surs qu’elle sera favorable ? « C’est une chose horrible, dit l’Apôtre, que de tomber entre les mains du Dieu vivant (Hebr. X, 30). » Mes frères, préparons-nous à ce jugement formidable, en commençant par nous juger nous-mêmes, dès cette vie. Dieu ne jugera pas une seconde fois ceux qui auront déjà été jugés. il est certain que s’il y a des hommes manifestement condamnés pour leurs péchés avant qu’on les juge, il y en a aussi qui préviennent leur juge en leur faveur par leur bonnes œuvres. Les premiers, sans attendre la sentence de leur souverain juge, tomberont soudainement dans les supplices éternels par le propre poids de leurs crimes ; et les autres, au contraire, monteront, avec toute la liberté que l’esprit de Dieu leur donnera, et sans aucun retard, sur les trônes qui leur auront été préparés. Sauveur Jésus, que la pauvreté volontaire de ceux qui quittent toutes choses pour vous suivre est heureuse ! Qu’elle est heureuse et désirable cette pauvreté volontaire, puisqu’elle établira dans une si grande sécurité et qu’elle fera monter à une si haute gloire, les personnes qui l’auront embrassée, alors qu’il arrivera tant de bouleversements dans la nature, que la justice divine examinera nos mérites avec une rigueur capable de faire trembler les justes, et que les hommes seront dans l’attente du jugement ! Considérons, maintenant, ce que l’âme pieuse répond aux promesses de Dieu, pour lui témoigner que, si elle est éloignée de la défiance, elle n’a pourtant que la confiance qu’elle doit avoir. « Seigneur, dit-elle, vous êtes toute mon espérance, » Que pourrait-elle dire qui montrât davantage son humilité et sa piété ? mais aussi il semble que cette protestation ne pouvait recevoir une réponse plus convenable que celle qui suit : « Vous avez placé votre refuge extrêmement haut. » Mais pardon, mes frères, il me semble que j’ai encore un peu dépassé aujourd’hui les bornes de la brièveté que je vous avais promise.

NEUVIÈME SERMON. « Ce bonheur m’arrivera, parce que vous êtes mon espérance. Vous avez placé votre refuge extrêmement haut (Psal. XC, 9). »

1. Entretenons-nous aujourd’hui, mes frères, de la promesse du Père, de l’espérance des enfants, de la fin de notre pèlerinage; de la récompense de notre travail, du fruit de notre captivité. Il est hors de doute que nous sommes maintenant dans une dure captivité, je ne parle pas seulement de cette captivité commune, qui est la conséquence de la condition où sont maintenant réduits tous les hommes, mais j’entends cette captivité particulière, par laquelle, en nous appliquant avec zèle et ardeur, à mortifier notre propre volonté, et nous préparant à perdre même la vie que nous possédons en ce monde, nous nous sommes jetés dans les liens de la rigoureuse discipline de notre institut, et dans les exercices de cette austère pénitence qui nous est comme une prison. Quelle servitude affreuse si elle était forcée, au lieu d’être volontaire ! Mais puisque vous faites votre sacrifice à Dieu volontairement, et. que vous ne faites aucune violence à votre volonté que par votre volonté même, il faut qu’il y ait là quelque chose qui vous pousse, et ce quelque chose est si grand, que rien ne saurait être plus grand. A-t-on sujet de se plaindre, quelque difficile et quelque pénible que soit une chose, quand on ne l’entreprend que pour Dieu ? Si quelquefois la grandeur de nos peines porte ceux qui mous voient à quelque sentiment de compassion, la pensée de la cause pour laquelle nous souffrons doit les obliger au contraire à se réjouir avec nous; ajoutez à cela que toutes nos bonnes œuvres, non- seulement se font pour Dieu, mais ne se font que par lui ? Car c’est lui qui opère en nous le vouloir, et le parfaire, selon son bon plaisir, (Phil. II, 13). Il est donc l’auteur de tout le bien que nous faisons; c’est lui aussi qui le récompense, et la récompense, c’est lui. De manière que ce Dieu, qui est le souverain bien, et dont l’unité est si parfaite en lui-même, se multiplie en quelque sorte en nous, car il est doublement cause de toutes nos, bonnes actions, cause effective et cause finale. Ce vous est donc un grand bonheur, mes très-chers frères, que non-seulement vous subsistiez et persévériez dans toutes les épreuves où vous vous trouvez, mais que vous en triomphiez encore par la grâce de celui qui vous a aimés. En effet, n’est-ce pas aussi par lui que vous êtes victorieux ? Ont, sans doute ; et c’est ce que l’Apôtre nous enseigne manifestement en ces termes : « Comme nos afflictions sont abondantes pour Jésus-Christ, ainsi nos consolations sont abondantes par lui (Cor. 1, 5). »

2. Cette parole, «pour Dieu, » est fort en usage. C’est une façon de parler extrêmement commune. Mais en même, temps, c’est une parole d’une très-grande profondeur. Elle se trouve souvent en la bouche des hommes, même de ceux qui montrent assez qu’elle est loin de leur cœur. Tous les hommes demandent qu’on leur accorde, pour Dieu, ce qu’ils désirent obtenir, ils demandent avec instance que, pour Dieu, on les assiste dans leurs besoins, et quelquefois on demande facilement, pour Dieu, ce qui n’est pas toujours selon Dieu, et qui est plutôt contre Dieu. On sollicite souvent pour soi, au nom de Dieu, des choses qu’on est loin de désirer par amour de Dieu, et qu’on souhaite au contraire en dépit de Dieu. Néanmoins cette parole est vive et efficace, lorsqu’on ne la dit point négligemment, par manière de parler, par habitude, ou par artifice, afin de mieux persuader ce qu’on désire, mais lorsqu’elle ne procède; comme cela doit être, que de l’onction, de l’abondance de la piété, et de la pureté d’intention. Le monde passe et périt avec toutes ses convoitises; et ceux qui agissent pour ce monde si passager et si périssable, connaîtront, lorsqu’ils le verront périr, que les choses qu’ils ont faites pour lui n’ont pas eu de fin utile, ni un fondement solide: Quand la cause pour laquelle on avait agi viendra à manquer, comment se pourra-t-il faire que les choses, qui n’étaient appuyées que sur elle ne tombent point avec elle ? Voilà pourquoi, comme dit l’Apôtre, ceux qui sèment en la chair, ne recueilleront que la corruption, attendu que ce qu’elle est, n’est que comme l’herbe des champs, toute sa gloire, comme les fleurs des prairies (Isa. XL, 6). Sitôt que l’herbe se fane, ses fleurs perdent leur éclat et leur beauté. Il n’y a que celui qui est la cause souveraine de toutes choses qui ne puisse finir; et ce n’est point la fleur des champs, mais sa parole qui demeure éternellement. «Le ciel, dit-il, et la terre passeront, mais ma parole ne passera point (Matth. XXIV, 35). »

3. C’est donc, mes très-chers frères, avec prudence et à propos, que vous avez choisi de marcher, par des voies dures et difficiles, à cause des paroles de Notre-Seigneur, et que vous semez là où vous ne sauriez perdre le moindre grain de votre semence. Il est certain que celui qui sème peu, ne laissera pas de moissonner, mais la moisson ne sera pas abondante (II. Cor. IX, 6). Moissonner, c’est recevoir la récompense, et nous savons quel est celui qui a promis que quiconque aura donné pour son nom, même un seul verre d’eau fraîche, ne sera point frustré de la récompense qu’il aura méritée (Matth., X, 42). Mais ne savons-nous pas qu’il nous rendra la même mesure que nous aurons donnée pour lui, et qu’il donnera une récompense proportionnée à leur mérite, à ceux qui ne se seront pas contentés de présenter un verre d’eau à leurs frères, mais qui auront répandu leur propre sang, et bu le calice du Sauveur qui leur aura été offert. Ce calice n’est point rempli d’eau fraîche seulement; il est plein d’une liqueur enivrante. C’est un calice de vin pur, ou plutôt de vin mélangé. Il n’y a que Jésus-Christ qui ait eu, dans ses souffrances, un vin d’une entière pureté, parce qu’il n’y a que lui qui soit parfaitement pur, et qui, par son infinie pureté, peut rendre purs ceux qui ont une origine impure. Il n’y a que lui qui ait bu un vin pur, parce que, en tant que Dieu, il est cette sagesse qui est présente et qui agit partout, sans que rien puisse diminuer sa pureté, et que, en tant qu’homme, il n’a point commis le péché, et n’a pas laissé sortir de sa bouche une parole qui n’ait été véritable. Il n’y a que lui seul qui n’ait point goûté la mort par la nécessité de sa condition, mais par le seul bon plaisir et le choix de sa volonté, et sans vue d’intérêt, car il ne saurait avoir besoin de quoi que ce soit qui dépende de nous. Car ce n’a point été pour reconnaître notre affection par une affection réciproque, qu’il a voulu se soumettre à la mort, puisqu’il ne l’a pas soufferte pour des amis qu’il eût déjà acquis, mais pour des amis qu’il devait acquérir, en se faisant des amis de ses propres ennemis. Car, comme dit l’Apôtre, c’est lorsque nous étions encore ennemis que nous avons été réconciliés à Dieu par le sang de son Fils, ou plutôt, c’est en effet pour ses amis qu’il est mort, sinon pour des amis qui l’aimassent déjà, du moins pour des amis que lui-même aimait beaucoup. Il est certain que la grâce de Dieu a consisté principalement, non pas en ce que nous avons commencé par aimer Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés le premier. Voulez-vous apprendre combien il nous a aimés longtemps avant que nous l’aimassions ? Ecoutez l’Apôtre : «Bénissons Dieu, dit-il, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a comblés de toutes bénédictions spirituelles par les biens célestes en Jésus-Christ; car il a fait choix de nous en lui avant la création du monde; » et un peu plus loin : « il nous a comblés de ses bienfaits en son fils bien-aimé (Ephes. I, 3). » Comment donc n’aurions-nous pas été dès ce moment aimés en ce Fils, lorsque nous étions déjà choisis en lui ? Et comment n’aurions-nous pas été agréables à celui en qui nous avons reçu la grâce qui nous a sanctifiés ? Si donc, selon l’ordre des temps, Jésus-Christ est mort pour des impies, selon l’ordre de la prédestination, il est mort pour des frères et pour des amis.

4. Il paraît donc par toutes ces circonstances, qu’il n’y a qu’en lui qu’on trouve le vin exempt de tout mélange, et nul, parmi les saints, n’oserait prétendre qu’on n’a point sujet de lui appliquer cette parole d’un prophète. « Votre vin est mêlé d’eau (Isa. I, 22). » D’abord parce qu’il n’y a personne en cette vie qui soit exempt de toute souillure, et que personne ne peut se donner la gloire d’avoir le cœur entièrement pur. En second lieu, parce qu’il faut qu’un jour nous acquittions la dette de la mort. En troisième lieu, parce que ceux qui exposent leur vie pour Jésus-Christ, achètent et gagnent la vie éternelle. Mais qu’ils seraient malheureux s’ils rougissaient de lui rendre témoignage jusqu’à la mort ! Il y a encore une quatrième raison pour laquelle le désir que peuvent avoir les hommes de mourir pour Jésus-Christ est toujours mêlé de quelque défaut, c’est que ce témoignage est toujours fort disproportionné et fort inégal en comparaison de cet amour si grand qu’il a eu pour eux. Néanmoins celui qui, dans toute sa personne, est si exempt de tout mélange d’imperfection, ne dédaigne pas le bien qu’il voit en ses serviteurs, quoiqu’il soit mêlé de beaucoup de défauts. Et c’est ce qui a fait dire à l’Apôtre, qu’il accomplissait en son corps les choses qui manquent à la passion de Jésus-Christ (Coloss. I, 24). Il doit donc donner à tous ses élus le salaire de l’éternelle vie. Mais comme une étoile diffère en sa clarté d’une autre étoile, et que la lumière du soleil, celle de la lune et celle des étoiles sont des lumières diverses et inégales ; ainsi en sera-t-il des saints après la résurrection. Il n’y aura, selon le langage de l’Evangile, qu’une maison dans le ciel; mais il y aura plusieurs demeures en cette maison. De telle sorte qu’en ce qui regarde l’éternité et l’abondance de la récompense, le saint qui aura peu, en comparaison d’un autre, ne souffrira pourtant aucune diminution. Et celui qui aura davantage, n’aura rien au delà de la mesure. Dieu fera recevoir à chacun selon son travail, afin que le moindre grain que l’on a semé porte son fruit en Jésus-Christ.

5. Je suis entré dans ce détail, mes frères, afin de vous faire estimer la réponse si spirituelle et si excellente que nous avons à considérer aujourd’hui : « Seigneur, vous êtes mon espérance.» Quelque chose donc que j’entreprenne, de quelque chose que je me détourne, quoi que je souffre ou que je désire, Seigneur, vous êtes toute mon espérance. C’est par cette seule espérance que je tiens compte de toutes vos promesses, elle est le fondement de mon attente. Que les uns fassent valoir leurs mérites, que les autres se vantent de supporter le poids du jour et de la chaleur ; que d’autres enfin allègent leurs jeûnes, et se glorifient de n’être pas comme le reste des hommes ; pour moi je trouve tout mon bien à m’attacher à Dieu et à mettre en lui toute mon espérance. Qu’il y en ait qui espèrent en d’autres secours, que l’un se confie en sa science, l’autre en la sagesse du siècle ; celui-ci en sa noblesse, celui-là en sa dignité et en sa puissance, et ce dernier en quelque autre vanité ; pour moi je regarde toutes ces choses comme un vil fumier, parce que, Seigneur, vous êtes mon unique espérance. Mette qui veut son espérance dans les richesses incertaines, pour moi, je ne demanderai, que de vous le pain de chaque jour, plein de confiance en ces paroles que vous avez dites, et sur lesquelles je me suis fondé en renonçant à toutes choses : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et, la justice, et toutes les autres choses vous seront accordées comme par surcroît (Matt. VI, 33); » car « le pauvre est abandonné à vos soins, et vous donnerez secours à l’orphelin (Psal. IX, III). » Si on me parle de récompenses, c’est par vous que j’espérerai les obtenir. Si on me faite la guerre, si le monde exerce contre moi sa fureur, si l’ennemi, qui est la méchanceté même, frémit de rage contre moi, si ma chair me tourmente par des désirs contraires à l’esprit, je mettrai mon espérance en vous.

6. Voilà, mes frères, quels doivent être vos sentiments. Les avoir, c’est vivre de la foi ; et personne ne saurait dire du fond de son cœur «  Vous êtes mon espérance (Psal LIV, 23) ; » sinon celui à qui l’esprit de Dieu a fortement persuadé (selon le mot du Prophète), d’abandonner tous ses soins et toutes ses pensées à Notre-Seigneur, en se tenant assuré qu’il ne manquera pas de pourvoir à sa nourriture, selon cette parole de l’apôtre saint Pierre : « Renoncez à toutes vos inquiétudes, et remettez-les entre les mains de Notre-Seigneur, car il a soin de vous, (Petr. V. 1). » Si nous avons ces sentiments dans le cœur, pourquoi différons-nous de rejeter entièrement les espérances qui n’ont rien que de vain, d’inutile, de trompeur et de misérable, pour nous attacher de toute notre âme, et avec toute la ferveur de notre esprit, à cette espérance si solide, si parfaite, si heureuse ? Si quelque chose est impossible à notre Dieu, si quelque chose lui est difficile, cherchez un autre fondement de vos espérances que lui. Mais il peut tout par sa seule parole, or qu’y a-t-il de plus facile que de dire un mot ? Mais il faut entendre ce que c’est que ce mot. S’il a résolu de nous sauver, nous serons sauvés, s’il veut nous donner des récompenses éternelles, il lui est permis de faire ce qu’il lui plaît. Mais serait-il possible que ne doutant pas de la facilité que Dieu a de faire ce qu’il veut, vous eussiez quelque défiance de sa volonté ? Les témoignages qu’il a rendus de cette volonté sont dignes de notre confiance au delà de tout ce qu’on en peut dire. « Personne, dit-il, ne saurait avoir un plus grand amour que celui par lequel on expose sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13). » Quand est-ce que cette grandeur de notre Dieu, qui nous avertit si instamment d’espérer en lui, a manqué à ceux qui ont mis en lui leur espérance ? Il n’abandonne jamais ceux qui espèrent en lui. « Il leur donnera son secours, dit le Prophète, il les délivrera des pécheurs, et les sauvera (Psal. XXXVI, 10). » Pour quels mérites de leur part ? Ecoutez ce qui suit : « Parce qu’ils ont espéré en lui » Cette raison est bien douce, elle est efficace et péremptoire. C’est en cette espérance que consiste la justice, non pas la justice qui vient de la loi, mais celle qui vient de la foi. « Du sein de quelque affliction et de quelque accablement, qu’ils poussent un cri vers moi, dit-il, je les exaucerai. » Représentez-vous toutes les afflictions imaginables, les consolations qu’il vous promet donneront toujours, à votre âme, une joie proportionnée à ce que vous souffrirez, pourvu que vous n’ayez point de recours à d’autres qu’à lui ; que vous ne manquiez point de crier vers lui, et que vous espériez en lui, et que vous ne preniez point des choses basses et terrestres, mais le Dieu Tout-Puissant pour votre refuge. Qui a espéré en lui et a été confondu ? Il est plus facile que le ciel et la terre passent que sa parole soit sans effet.

7. « Vous avez placé votre refuge bien haut, dit le Psalmiste. » Le, tentateur ne s’en approchera point, le calomniateur n’y montera pas, et le perfide accusateur de ses frères n’y pourra jamais atteindre. Cette parole du Prophète est adressée à celui qui demeure en la protection du Très-Haut, et qui va s’y réfugier contre sa propre faiblesse et la timidité de son âme, et contres les tempêtes qu’il redoute. Nous sommes certainement doublement forcés de fuir vers cet asile ; des combats nous menacent au dehors, et des craintes nous agitent au dedans. Sans doute nous aurions bien moins besoin de fuir si nous avions au-dedans une magnanimité qui nous fit courageusement braver les attaques du dehors, ou si notre faiblesse intérieure se trouvait rassurée par l’éloignement des ennemis du dehors. Le Prophète dit donc «Vous avez placé votre refuge extrêmement haut.» Fuyons souvent, mes frères, en cet asile. C’est une forteresse bien défendue ; on n’y craint nul ennemi. Que nous serions heureux s’il nous était permis d’y demeurer toujours ! Mais un tel bonheur n’est pas de ce monde. Ce qui n’est pour nous maintenant qu’un refuge, sera un jour notre demeure, et pour l’éternité. Mais, en attendant, si nous n’avons pas maintenant la liberté de nous y établir pour toujours, nous devons néanmoins nous y réfugier en maintes occasions. C’est une ville de refuge qui nous est ouverte dans toutes les tentations, dans toutes les peines qui nous arrivent, et dans toutes nos nécessités de quelque nature qu’elles soient. C’est le sein d’une mère qui est toujours prêt à nous recevoir, ce sont les fentes de la pierre préparées pour nous recevoir et nous cacher, les entrailles de la miséricorde de Dieu ouvertes devant nous ; ne mous étonnons plus après cela si celui qui s’éloigne de ce refuge n’a plus la puissance d’échapper à ses ennemis.

8. Ce que je viens de vous dire semblerait pouvoir suffire pour l’explication de ce verset, si le Prophète avait dit simplement, comme en d’autres psaumes: « J’ai espéré en vous ». Mais cette expression : « vous êtes mon espérance, ô mon Dieu, » parait signifier quelque chose de plus grand et de plus élevé ; savoir que l’âme fidèle non-seulement espère en Dieu, mais que c’est Dieu même qu’elle espère. Car il est plus juste d’appeler notre espérance, celui que nous espérons, que celui en qui nous espérons. Il peut se trouver des personnes qui désirent recevoir de Dieu des biens soit temporels, soit même spirituels. Mais la charité parfaite ne désire que le souverain bien, et s’écrie de toute l’ardeur de son désir : « Quel bien m’est réservé dans le ciel ? Et qu’est-ce que je vous demande de toutes les choses qui sont sur la terre ? Vous êtes le Dieu de mon cœur et mon éternel partage (Psal. LXXII, 25). » Le texte du prophète Jérémie que nous avons lu aujourd’hui, nous marque très-bien ces deux espérances, en peu de paroles : « Seigneur vous êtes bon à ceux qui espèrent en vous, à l’âme qui vous cherche (Thren. III, 25). » Votre discernement vous a fait remarquer dans ces paroles la différence des nombres. Le Prophète parle au pluriel de ceux qui espèrent en Dieu, parce que cela est commun à plusieurs ; mais il emploie le singulier lorsqu’il désigne l’âme qui cherche Dieu même, parce que c’est le propre d’une pureté, d’une grâce, d’une perfection uniques non-seulement de ne rien espérer que de Dieu, mais de ne rien espérer que Dieu même. Que s’il est bon à ceux qui espèrent seulement en lui, combien plus l’est-il à celui qui n’espère que lui.

9. C’est donc avec raison que Dieu répond à l’âme qui le cherche «Vous avez placé votre refuge extrêmement haut. » Car l’âme qui est ainsi altérée de son Dieu, ne lui demande point avec saint Pierre de lui faire un tabernacle sur une montagne (Matth. XVII, 14), ni avec Madeleine, de le toucher sur la terre (Joan. XX, 17), mais elle lui crie : « Fuyez, mon bien-aimé ; imitez dans votre course la vitesse des chevreuils et des faons de biches qui courent sur les montagnes de Béthel. (Cant. VIII, 14). » Cette âme sait que le Sauveur a dit : « Si vous m’aimiez, vous auriez de la joie de ce que je m’en vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi (Joan. XX, 17). » Elle sait qu’il a dit à Madeleine: « Ne me touchez point, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Et n’ignorant pas les desseins de Dieu, elle s’écrie avec l’Apôtre : « Si nous avons connu Jésus-Christ, selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette manière (II Cor. V, 16). » Fuyez sur les montagnes de Béthel, c’est-à-dire : Montez au dessus des puissances et des principautés, au dessus des anges et des archanges, au dessus des chérubins et des séraphins , car les montagnes de la maison de Dieu qui, selon l’Hébreu, est signifiée par le mot Béthel, ne sont autre chose que ces esprits bienheureux. Il s’est mis au dessus d’eux, lorsqu’il a voulu prendre, à la droite de son Père, le rang infiniment élevé qui lui appartenait, afin de lui être égal en toutes choses. Elle sait que la vie éternelle, c’est connaître le Père éternel qui est le vrai Dieu, et Jésus-Christ son Fils, qu’il a envoyé, qui lui est égal et qui est le vrai Dieu avec lui, digne par dessus tout de nos bénédictions dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

DIXIÈME SERMON. « Il ne vous arrivera point de mal ; et le fléau n’approchera point de votre tabernacle (Psal. XC, 10 ) . »

1. C’est une maxime qui ne vient pas de moi, et qui n’est pas nouvelle pour vous, mais que vous connaissez très-bien, que, pour ce qui regarde les principaux objets de la foi, il est plus facile de connaître et plus périlleux d’ignorer ce qu’ils ne sont pas, que ce qu’ils sont. On peut en dire autant de l’expérience ; car l’esprit de l’homme, par l’espérance qu’il a des peines de la vie, comprend plus facilement les maux dont il doit être exempt, que les biens dont il doit jouir. L’espérance et la foi ont entre elles un si grand rapport de parenté, que les objets de notre espérance sont les mêmes que ceux de notre foi. C’est pourquoi l’Apôtre a dit, avec grande raison, que la foi était la substance des choses que nous devons espérer (Heb. XI, l); parce qu’on ne saurait espérer ce qu’on ne croit point, de même qu’on ne saurait peindre sans un corps qui reçoive la peinture. La foi nous dit que Dieu prépare aux fidèles des biens inestimables et incompréhensibles. Et l’espérance nous dit : C’est à moi que ces biens sont réservés. Et la charité ajoute ensuite : Pour moi, je cours à la recherche et à la possession de ces biens. Mais, comme je viens de le dire, il est extrêmement difficile, ou même impossible de connaître le prix et la qualité de ces biens, si ce n’est pour ceux à qui Dieu l’a voulu révéler par son esprit, puisque, selon l’Apôtre, « l’œil n’a point vu, ni l’oreille entendu, ni l’esprit de l’homme n’a pu concevoir quels sont les biens que Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment (I. Cor. II, 9). » Si nous n’étions en cette vie capables de quelque perfection, si imparfaite qu’elle soit, si on peut ainsi parler, l’Apôtre ne dirait pas : « Nous tous, tant que nous sommes de parfaits, ayons le même sentiment (Phil. III, 15). » La perfection dont il parle ici est sans doute celle dont il avait parlé ailleurs, en disant : « Ce n’est pas que j’aie tout reçu, et que je sois encore parfait. » Car saint Paul est contraint d’avouer lui-même, « qu’il ne connaît qu’en partie les choses de Dieu, car nous ne voyons maintenant, que comme dans un miroir et en énigme, ce n’est que plus tard que nous verrons Dieu face à face (I. Cor. XIII, 12). » Dieu donc représente à l’homme, dans l’Ecriture sainte, par une providence et une bonté toute paternelles, les choses qu’il est plus capable de discerner, dans sa condition présente. C’est le propre des affligés de regarder, comme une souveraine félicité, d’être délivrés de leurs afflictions, et de tenir pour un suprême bonheur de se trouver exempts de misères. C’est pourquoi le Prophète, dans un psaume, parle à son âme en ces termes : « Tournez-vous, mon âme, vers votre repos, parce que le Seigneur vous a honorée, de ses bienfaits. » Et cependant, au lieu de citer des bienfaits nouveaux qu’il aurait reçus, il dit seulement : « Il a délivré mon âme de la mort, mes yeux des larmes, et mes pieds de la chute (Psal. CXIV, 7) » ce qui montre bien qu’il regarde comme un grand repos et un grand bienfait, de la part du Seigneur, d’être délivré des périls et des tribulations qui l’assiégeaient.

2. Le verset, dont, j’ai maintenant à vous entretenir, se rapporte parfaitement à ce sentiment : « Il ne vous arrivera point de mal, et le fléau n’approchera point de votre tabernacle. » Ces paroles, autant que je puis le concevoir, sont faciles à entendre, et, peut-être plusieurs d’entre vous en ont-ils déjà prévenu l’explication. Car vous n’êtes pas si peu instruits, et si dépourvus de toute connaissance spirituelle, que vous ne sachiez quelle différence vous devez faire entre vous et vos tabernacles ; de même que celle qu’on doit mettre entre ce que le Prophète appelle le mal, et ce qu’il appelle le fléau. Vous avez en effet entendu l’Apôtre dire qu’après avoir combattu un bon combat, il quittera bien vite son tabernacle. Mais qu’ai-je besoin de rapporter les paroles de l’Apôtre (Tim. IV, 6) ? Le soldat ignore-t-il ce que c’est que sa tente, et a-t-il besoin qu’on l’instruise là dessus, par l’exemple des autres ? Nous voyons dans l’Eglise des combattants qui ont fait de leur tente la demeure d’une honteuse servitude. Bien plus, il y en a, c’est une chose bien ridicule, qui sont tombés dans une telle erreur, dans un si grand oubli de leur condition et dans une si étrange folie, qu’ils semblent regarder cette tente extérieure comme ne faisant qu’un avec eux. Ne faut-il pas que non-seulement ils ignorent Dieu, mais qu’ils s’ignorent eux-mêmes, puisqu’étant comme morts dans le cœur, ils donnent tous leurs soins et toutes leurs peines à leur corps, et s’appliquent autant à conserver leur chair, que si elle ne devait jamais périr ? Or il est certain qu’elle ne pourra éviter de périr, et même dans peu de temps. Ceux qui sont dévoués à la chair et au sang, comme s’ils s’imaginaient n’être autre chose que chair et que sang, ne semblent-ils pas s’ignorer eux-mêmes, et avoir reçu leurs âmes aussi inutilement, que s’ils ignoraient qu’ils, en ont une ? « Si vous séparez ce qui est précieux de ce qui est vil, dit le Seigneur, vous serez comme un oracle de ma bouche (Jer. XV, 19), » c’est-à-dire, si vous êtes exact et fidèle à mettre la différence qui doit exister entre les biens extérieurs et les biens intérieurs, en sorte que vous ne craigniez pas plus le fléau, pour votre demeure passagère, que le mal pour vous-mêmes, vous serez comme un oracle de ma bouche.

Le mal dont il est parlé ici, est celui dont il est dit ailleurs : « Eloignez-vous du mal, et faites le bien (Psal. XXXVI, 27). » C’est le mal qui prive notre âme de sa vie, et qui est une funeste séparation entre Dieu et nous. Pendant que ce mal règne dans nous, notre âme éloignée de Dieu est comme un corps sans âme. Dans cet état elle est véritablement morte, et semblable à ceux que l’Apôtre nous représente comme étant sans Dieu en ce monde.

3. Ce n’est pas que je vous exhorte, mes frères, à haïr votre chair. Vous devez l’aimer comme l’asile de votre âme, que Dieu destine à participer avec elle à l’éternelle félicité. Mais il faut que l’âme aime sa chair de telle sorte, qu’elle ne paraisse pas être changée en cette chair, et qu’elle ne donne pas sujet au Seigneur de dire de nous : « Mon esprit ne demeurera point en l’homme, parce qu’il n’est que chair (Gen. VI, 3). » Que notre âme, dis-je, aime sa chair, mais qu’elle ait encore bien plus d’amour pour elle-même, pour son âme à elle. Il faut qu’Adam aime Eve son épouse, mais il ne doit pas l’aimer au point d’obéir plutôt à sa voix qu’à celle de Dieu. Enfin il ne doit point l’aimer de telle sorte qu’en voulant le mettre à couvert des corrections d’un père, elle amasse sur sa tête des trésors de colère et d’éternelle damnation.

«Race de vipères, dit saint Jean-Baptiste, qui vous a appris à fuir la colère dont vous êtes menacés ? Faites de dignes fruits de pénitence (Matth., III 7 et 8).» C’est comme s’il avait dit en des termes plus clairs : prenez la discipline, de crainte que le Seigneur ne s’irrite contre vous. Souffrez la verge qui vous corrige, si vous ne voulez sentir le marteau qui vous brise. Pourquoi les hommes charnels nous disent-ils : votre genre de vie est cruel, vous ne ménagez pas votre chair ? Il est vrai, mais ne point l’épargner, c’est semer à pleines mains la semence de l’éternité. En quoi pourrions-nous raisonnablement épargner cette semence ? N’est-il pas bien plus avantageux de la renouveler et de la multiplier dans le champ, que de la laisser pourrir dans nos greniers ? Hélas ! dit un Prophète, les bêtes de somme ont pourri dans leur ordure (Job, X, 17) ! Est-ce ainsi, hommes sensuels, que vous épargnez votre chair ? Si nous lui sommes cruels pour un temps en la traitant avec rigueur, vous lui êtes bien plus cruels, en lui épargnant toute peine. Car maintenant même notre âme jouit du repos. Mais considérez à quelles ignominies votre chair est condamnée, et quelle misère la justice divine lui prépare pour l’avenir.

« Il ne vous arrivera point de mal, et le fléau n’approchera point de votre tente. » Ces paroles, marquent deux sortes de bonheur, et signifient une double immortalité ; car d’où la mort procède-t-elle, sinon de la séparation de l’âme et du corps ? Aussi dit-on du corps quand il est mort, qu’il est inanimé. Or d’où vient cette séparation, sinon des maux de la vie, des douleurs violentes, de la corruption même du corps, de la peine du péché enfin ? Notre chair craint, avec raison, les maux que lui fera souffrir la séparation amère de l’âme avec laquelle elle se trouve dans une union si chère et si glorieuse. Mais qu’elle le veuille ou non, il faut qu’elle souffre d’être séparée d’elle, jusqu’à ce que le temps soit venu de se réunir de nouveau à elle. Et il est important à notre corps et à notre âme, de souffrir les peines de la séparation, de manière à ne plus craindre que les fléaux approchent jamais de notre tente.

4. Dieu est la véritable vie de l’âme (comme je l’ai déjà marqué), et il nous est avantageux d’avoir toujours cette vérité présente à la pensée. Or il y a un mal qui sépare l’âme de Dieu. Mais c’est le mal de l’âme, le péché. Hélas ! mes frères, comment pouvons-nous nous laisser aller à des bagatelles en cette vie, et nous plaire dans l’oisiveté, quand nous avons près de nous deux serpents cruels tout prêts l’un, à nous ôter la vie du corps, l’autre à nous ravir la vie de l’âme ? Pouvons-nous dormir tranquillement ? Notre négligence, dans de si grands périls, ne serait-elle pas une marque de désespoir plutôt que de sécurité ? En vérité, nous avons sujet de souhaiter d’être délivrés de ces deux genres de mort, qui nous menacent incessamment. Mais il faut fuir le péché bien plus que la peine du péché, et nous devons d’autant plus nous éloigner du mal de l’âme que du fléau du corps, que c’est un malheur et une désolation infiniment plus grande pour l’âme d’être séparée de son Dieu que de l’être de sons corps. Sans doute, quand le péché sera aboli, la cause cessant de subsister, l’effet disparaîtra aussi, et, de même que le mal de l’âme ne pourra plus approcher de notre tente, parce que les peines, de quelque nature qu’elles soient, seront aussi éloignées de l’homme extérieur que le péché le sera de l’homme intérieur, ainsi le Prophète ne dit pas seulement : Il n’y aura point de mal en vous, ou bien : il n’y aura point de fléau dans votre tente, main « le mal n’arrivera point jusques à vous, et le fléau n’approchera point de votre tente. »

5. Il faut considérer ici, qu’il .y a des hommes dans lesquels non-seulement le péché habite, mais dans lesquels il règne. En cet état il ne semble pas que le péché puisse leur être plus intimement uni qu’il l’est, sinon lorsqu’il dominera en eux de telle sorte qu’il ne pourra plus se faire qu’il n’y domine pas. Il s’en trouve d’autres en qui le péché demeure encore, mais sans y dominer. Il y est, mais abattu sinon expulsé, jeté à terre, sinon tout à fait dehors. Il est certain que dans le principe il n’en fut point ainsi, et que le péché non-seulement n’a point régné, mais n’a point même habité dans nos premiers parents, avant leur première désobéissance. Il semble néanmoins que ce péché était déjà en quelque sorte à leur porte, puisqu’il leur fut persuadé si facilement, et qu’il entra si promptement dans leur âme., Et quel avertissement Dieu leur donnait-il, en leur disant : « Dès que vous aurez! mangé du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, vous mourrez infailliblement ! (Gen. II,17) », sinon que ce qui devait être la peine du péché si elle n’était pas encore dans les corps, du moins en était bien proche ? Nous donc, qui recevrons en ressuscitant, une vie infiniment plus glorieuse que n’a été notre première condition, nous vivons dans une bien douce attente et dans une heureuse espérance, puisque, ni le fléau, ni la peine du péché, aucun mal, ni aucun fléau, non-seulement ne régnera et n’habitera plus, soit dans nos corps, soit dans nos âmes, mais ne pourra plus même y régner, ni y habiter jamais, selon la parole du Prophète : « Le mal n’arrivera point jusques à vous, et le fléau n’approchera point de votre tente. » En effet il n’y a rien de si éloigné que ce qui ne peut même plus être jamais.

6. Mais je ne sais à quoi je pense, mes frères, de vous retenir maintenant ici par mon discours. Je crains d’être repris. Car si chacun sait que notre grand et commun Abbé a marqué cette heure, non pour nous livrer à la prédication, mais pour vaquer au travail des mains (Rey. St-Bened. C. 48). Je pense néanmoins qu’il me pardonnera ma faute facilement, en se souvenant de cette tromperie si pieuse et si charitable par laquelle ce saint religieux appelé Romain lui porta à manger durant trois années lorsqu’il était caché dans une caverne. Cet homme (comme, nous lisons dans l’histoire (a) de notre ordre) se dérobait, durant quelques heures, aux. yeux de son supérieur, et portait à saint Benoit, en de certains jours, le pain qu’il se pouvait ôter à lui-même, quand il faisait ses repas. Je ne doute point, mes frères, que plusieurs d’entre vous n’aient une plus grande abondance de richesses spirituelles que celles. que je puis leur communiquer, mais je ne me prive pas du bien que je vous communique ! Au contraire, je prends avec plus de sécurité et plus de douceur ce que Notre-Seigneur me donne, en le prenant avec vous. Car non-seulement cette nourriture de l’âme ne diminue point quand on la partage à d’autres, mais plutôt elle s’augmente par cette distribution même. Néanmoins si je vous entretiens en de certains temps, contre la coutume de notre ordre, je ne prends point cette hardiesse de moi-même, mais j’agis par la volonté de nos vénérables frères les autres abbés qui, dans ces rencontres, m’engagent à un emploi auquel ils ne voudraient pas eux-mêmes avoir la permission de s’appliquer à tout moment. Ils savent qu’il y a pour moi une raison particulière et une nécessité personnelle de m’occuper de la sorte. Je ne vous prêcherais point, si je pouvais travailler avec vous. Si je pouvais partager vos travaux, mes prédications seraient peut-être plus efficaces ; en tout cas, cela serait plus conforme au vœu de mon cœur. Mais puisque je n’ai pas le pouvoir de travailler comme vous, tant à cause de mes péchés, qu’à cause des infirmités de ce corps qui, comme vous le savez, m’est si à charge, et du peu de temps dont je dispose, plaise à Dieu, qu’étant de ceux qui disent et qui ne font pas, je puisse obtenir d’être au moins le dernier de son royaume. Ainsi soit-il.

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
Huitième sermon

Neuvième sermon
Dixième sermon


Solennités en Octobre

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SAMEDI 9 OCTOBRE – Saint Denis et ses compagnons

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

DIMANCHE 31 OCTOBRE – 31e dimanche du temps ordinaire

– 10h30 : Messe célébrée par Monseigneur André Marceau – Evêque de Nice

LUNDI 1er NOVEMBRE – Solennité de la Toussaint

– 10h30 : Messe célébrée par Monseigneur Bernard Barsi – Evêque émérite de Monaco

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Octobre-2021       


Septembre – La parole vivante

Mois de septembre

VIVANTE EST LA PAROLE DE DIEU ET EFFICACE

« Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance  »

Ecoutons Baudouin de Ford – Homélie 6 sur He 4, 12

Vivante est la parole de Dieu, efficace, et plus acérée qu’une épée à deux tranchants. La puissance et la sagesse que renferme la parole de Dieu se manifestent dans ce passage à ceux qui cherchent le Christ, lui-même : Verbe, puissance et sagesse de Dieu. Le Verbe, de même éternité que le Père, et avec lui dès le principe, s’est révélé aux Apôtres à l’époque fixée par lui. Ensuite les Apôtres l’ont annoncé au monde, et la foi des peuples croyants l’a reçu en toute humilité. Il est donc le Verbe auprès du Père, le Verbe en la bouche des Apôtres, le Verbe en nos cœurs.

Et cette parole de Dieu est vivante, puisque le Père lui a donné d’avoir en elle la vie, comme le Père a la vie en lui-même. Aussi n’est-elle pas seulement une parole vivante, mais elle est la vie. C’est ainsi que le Christ se présente lui-même : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Puisqu’il est vivant, puisqu’il est la vie elle-même, il est également force de vie : Comme le Père ressuscite les morts et donne la vie, de même le Fils donne la vie à qui il veut. Donateur de vie, il l’est assurément quand il appelle un mort et le fait sortir du tombeau en lui disant : Lazare, viens dehors !

Quand on prêche cette Parole, elle donne par cette prédication, à la parole extérieurement audible, la puissance même de sa parole intérieurement perçue. Dès lors, les morts ressuscitent et ce témoignage fait surgir de nouveaux fils d’Abraham. Elle est donc vivante, cette Parole, vivante dans le cœur du Père, vivante sur les lèvres du prédicateur, et vivante dans les cœurs, remplis de foi et d’amour. Et puisque c’est une Parole vivante, nul doute qu’elle ne soit aussi efficace.

Elle agit dans la création du monde, dans son gouvernement et dans sa rédemption. Où trouver plus grande efficacité ? puissance plus éclatante ? Qui dira les merveilles du Seigneur ? Qui fera entendre toute sa gloire ? L’efficacité de la Parole se manifeste dans ses œuvres, elle se manifeste aussi dans la prédication. Car elle ne revient jamais sans effet, mais elle est source de progrès en toute créature à laquelle elle est envoyée.

La Parole est donc efficace, et plus pénétrante qu’une épée à deux tranchants, quand elle est reçue avec foi et amour. En effet, qu’y a-t-il d’impossible pour celui qui croit ? Et qu’y a-t-il de rigoureux pour celui qui aime ? Quand s’élève la voix du Verbe, elle s’enfonce dans le cœur comme des flèches de combat qui déchirent, comme des clous fichés profondément, et elle pénètre si loin qu’elle atteint le fond le plus secret. Oui, cette Parole pénètre plus loin qu’une épée à deux tranchants, car il n’est pas de puissance ni de force qui puisse porter de coups aussi sensibles, et l’esprit humain ne peut concevoir de pointe aussi subtile et pénétrante. Toute la sagesse humaine, toute la délicatesse du savoir naturel sont loin d’atteindre son acuité.

Qui est Baudouin de Ford

De nationalité anglaise, Baudouin entre à l’abbaye de Ford en 1169. Six ans plus tard, il en devient abbé. En 1180, il est évêque de Worcester, puis archevêque de Cantorbery. Il accompagne le roi Richard Cœur de Lion à la Croisade et meurt à Tyr en 1192.Baudouin est un homme de vaste culture, modeste, réservé. Il a laissé plusieurs traités dont : « Le sacrement de l’autel », où il veut créer un courant de piété eucharistique, sujet peu abordé à cette époque. C’est aussi un fervent de la vie commune dont il relève la valeur : elle a sa source dans la vie des trois personnes divines. Mais il en souligne aussi les exigences.

De ses seize petits traités, le plus célèbre est celui sur la vie commune.

Source Abbaye Notre-Dame de Cîteaux


Solennités en septembre

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MARDI 8 SEPTEMBRE – Nativité de la Vierge Marie – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

SAMEDI 11 SEPTEMBRE – Férie

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

MARDI 14 SEPTEMBRE – La Croix Glorieuse – Fête

Horaire habituel

MERCREDI 28 SEPTEMBRE – Saint Michel, Saint Gabriel, Saint Raphaël Archanges – Fête

Horaire habituel

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Septembre-2021     


Août – Prendre du temps…

Mois de août

PRENDRE DU TEMPS POUR SOI ?

« On ne doit point s’occuper des autres au point de se négliger soi-même. »

Ecoutons Saint Bernard – « De la considération » – Livre premier – chapitre 5

se-reposer-pour-servir-davantage-450Ce n’est pas un luxe, mais une nécessité. Saint-Bernard exhorte le pape Eugène III, et tous ceux qui risquent de se laisser submerger par leur service du prochain.
« Venez à l’écart et reposez-vous un peu » (Mc 6,31)

« Si tout ce qui fait ta vie et ta sagesse, tu les donnes à l’action, sans rien préserver à la réflexion et la méditation, vais-je te louer ? Non, en cela je ne te louerai pas. Et il ne se trouvera personne, je pense, pour le faire, s’il a entendu cette parole de Salomon : qui limite son action acquerra la sagesse. Et assurément, l’action elle-même a besoin d’être précédée par la réflexion.

Par ailleurs, si tu veux être tout entier à tous, à l’exemple de celui qui s’est fait tout à tous, je loue ton humanité, mais à condition qu’elle soit pleine et totale ? Or, comment le serait-elle, si tu t’en exclus ? Toi aussi tu es homme. Donc, pour que ton humanité soit pleine et entière, il faut qu’elle t’inclue, toi aussi, dans cette ouverture du cœur que tu réserves à tous. Autrement, que te sert-il comme disait le Seigneur, de gagner l’ensemble des hommes, si toi, tu te perds ? Ainsi, puisque tu es le bien de tous, sois toi-même l’un de ceux qui te possèdent ? Pourquoi serais-tu le seul à être privé de cette faveur ? Jusqu’à quand ton esprit va-t-il s’éloigner sans revenir à toi ? Jusqu’à quand vas-tu négliger de te recevoir toi-même, à ton tour, parmi ceux qui se présentent ?

Tu te dois aux sages et aux ignorants, et à toi, tu te refuserais ? le fou et le sage, le serf et l’homme libre, le riche et le pauvre, l’homme et la femme, le vieillard et l’adolescent, le clerc et le laïc, le juste et l’impie : tous pareillement se partagent ta vie, tous comme à une fontaine publique, puisent à ton cœur, et toi, tu te tiendrais à part, mourant de soif. Si l’on déclara maudit celui qui se fait la part la plus mauvaise, que dire de celui qui s’exclut totalement du partage. Oui, que tes eaux se répandent sur les places, que les hommes et le bétail s’y désaltèrent ; verse à boire même aux chameaux du serviteur d’Abraham.

Mais parmi eux tous, bois, toi aussi, à l’eau jaillissante de ton puits. C’est l’étranger qui ne doit pas en boire, comme il est écrit. Serais-tu donc un étranger ? A qui ne seras-tu pas étranger, si tu l’es à toi-même ? Qui se traite moins que rien, envers qui sera-t-il bon ? Souviens-toi donc, je ne te dis pas toujours, je ne dis pas même souvent, mais au moins de temps en temps, de te rendre toi-même à toi. Parmi beaucoup d’autres, ou même après beaucoup d’autres, recours à tes services.

 Texte intégral – Saint Bernard – DE LA CONSIDERATION – Livre premier – Chapitre 5 (extraits)
- Chapitre 5


Solennités en août

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SAMEDI 14 AOUT – Saint Maximilien Kolbe – Mémoire

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h45 : Adoration
– 18h00 : Vêpres

DIMANCHE 15 AOUT – Assomption de la Vierge Marie – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

VENDREDI 20 AOUT – Saint Bernard – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Aout-2021    


Solennités en juillet

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JEUDI 3 JUILLET – Férie

– 11h00 : Messe des funérailles de sœur Assumpta

SAMEDI 10 JUILLET – Vierge Marie – Mémoire

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

DIMANCHE 11 JUILLET – Saint Benoît – Patron de l’Europe – Solennité

Horaire habituel du dimanche – Messe à 10h

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Juillet-2021   


Juillet – Psaume 90,7 – 12-16

Mois de juillet

« Il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite; mais leurs coups n’approcheront point de vous (Ps. 90, 7, 12-16) »

Ecoutons Saint Bernard – Sermon 7 sur le psaume 90, sections 12 à 16

Psaume 90,7-312. Enfin, c’est pour cela, et non point par une sorte de folie de votre part, qu’il semble que vous exposiez plus volontiers le côté gauche aux coups de l’ennemi, afin’de concentrer tous vos soins à la défense du côté droit. Car c’est en cette manière que tous les chrétiens doivent imiter cette prudence du serpent, que Jésus-Christ a recommandée à ses disciples, en exposant tout le corps, s’il en est besoin, pour mettre la tête en sûreté. C’est en cela que consiste la véritable philosophie du christianisme. C’est observer le conseil du sage, qui nous exhorte à mettre toute notre vigilance et tous nos soins à garder notre cœur, parce qu’il est le principe de la vie (Prov. IV, 23). C’est enfin imiter la miséricorde et la bonté de Dieu envers ses serviteurs, et sa conduite envers ses élus, car il a coutume de protéger et de défendre leur droite avec un soin particulier, et de délaisser la gauche en quelque sorte comme s’il feignait d’ignorer qu’elle existe. C’est ce qui fait dire au Prophète, en parlant de lui : « Je m’appliquais à considérer que le Seigneur m’est toujours présent et me regarde toujours, parce qu’il ne cesse point d’être à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé (Is. XV, 3). » Ne vous semble-t-il pas qu’il ne tenait que la main droite du saint homme Job, et qu’il ne grenait garde qu’à elle, puisqu’il avait permis à l’ennemi d’exercer librement sa fureur, non-seulement sur ses possessions, mais aussi sur son propre corps. « Respecte seulement son âme, avait dit le Seigneur à Satan (Job. II, 6). « O bon Jésus, tout mon désir est que vous soyez toujours à ma droite. Je vous demande instamment de tenir toujours cette droite dans votre main. Car je sais et je suis certain que nulle adversité ne pourra me nuire, tant que nulle iniquité ne dominera en moi. Qu’on dépouille en attendant, qu’on meurtrisse mon côté gauche, qu’on l’accable d’outrages et qu’on le charge d’opprobres, je l’expose volontiers aux coups, pourvu, Seigneur, que vous ayez la bonté de conserver mon âme, et que vous daigniez être ma protection et ma défense pour ce qui est de ma droite.

13. On pourrait aussi, avec beaucoup de raison, par ces mille ennemis qui tombent à gauche, entendre plutôt les hommes que les démons : parce que la plupart ne nous sont opposés et ne nous font la guerre qu’à cause de biens temporels et passagers, en voyant avec un œil d’envie que nous les possédons, ou plutôt en s’affligeant, par une cupidité injuste, de ne les posséder pas eux-mêmes. Car il y en a qui s’efforcent de dépouiller les serviteurs de Dieu des biens de ce monde, ou de leur ravir la faveur et la bienveillance des hommes, ou même de leur ôter la vie du corps. La persécution des hommes peut aller jusque là, mais ils ne sauraient nuire aux âmes. On voit au contraire que c’est plutôt à l’occasion des biens célestes et éternels que les démons ressentent de la jalousie à notre égard. Ce n’est pas toutefois dans le désir d’acquérir pour eux ces biens dont ils nous veulent priver (car ils savent que la perte qu’ils en ont faite est irréparable) : c’est seulement afin que le pauvre qui est tiré de la poussière, ne puisse arriver à ce bonheur, dont ces malheureux esprits que Dieu avait créés dans un état de gloire, sont déchus sans retour. Ces esprits malins et opiniâtres sont affligés de voir que la fragilité des hommes obtienne une gloire, dans laquelle ils n’ont pu se maintenir. S’il arrive quelquefois qu’ils s’efforcent de causer à quelqu’un quelque dommage temporel, ou s’ils se réjouissent de lui en voir arriver, tout leur dessein et toute leur pensée, c’est que ces pertes extérieures soient pour ceux qui les souffrent ou pour tout autre, l’occasion d’une perte intérieure et spirituelle ; comme au contraire, toutes les fois que les hommes entreprennent de nous persuader de quelque chose de funeste à notre droite, ce n’est pas ce dommage spirituel qu’ils se proposent principalement, mais ils veulent, par là, procurer quelque profit temporel soit à eux, soit à nous, soit à eux et à nous en même temps. Ils n’ont en vue que le bien ou le mal qui peut en résulter, et qu’ils ont l’intention de s’assurer ou de repousser loin d’eux, à moins qu’ils ne soient assez méchants pour se changer en démons, et pour désirer que les personnes qu’ils haïssent tombent dans la damnation éternelle.

14. Pourquoi sommes-nous si languissants et si endormis à l’égard des biens spirituels, puisque nous sommes l’objet d’attaques si nombreuses de la part de nos ennemis spirituels ? J’ai honte d’en convenir, mais ma douleur est trop violente pour me permettre de me taire. Combien, mes frères, n’en trouve-t-on pas même parmi ceux qui ont embrassé la vie religieuse, et qui font profession de vivre dans un état de perfection, qui semblent avoir mérité cet oubli de Dieu, dont parle le prophète quand il s’écrie : « Jérusalem, si je vous oublie, que ma droite même soit mise en oubli (Ps. CXXXVI, 5). » Car, mettant tout leur soin à garder leur main gauche, ils font preuve d’une grande sagesse, il est vrai, mais d’une sagesse toute mondaine, à laquelle ils devraient renoncer, que la chair et le sang inspirent aux hommes, quoiqu’ils paraissent avoir résolu de ne s’y accommoder jamais, pour se conformer à l’Apôtre (Gal. I, 16). On les voit recevoir les biens de la vie présente avec tant d’ardeur, éprouver une joie si mondaine des avantages passagers du siècle, se troubler tant et manquer tellement de courage à la moindre perte des biens de la terre, défendre leurs intérêts avec une disposition si charnelle, si prompts et si hardis à courir de tous côtés et s’engager dans les affaires du siècle avec un esprit si peu religieux, qu’il semblerait que ces choses temporelles sont tout leur partage, l’unique héritage qu’ils ambitionnent. J’avoue qu’il y a des laboureurs qui cultivent le peu de terre qu’ils ont avec plus d’application et de soin encore, mais c’est parce qu’ils ne possèdent rien de plus grand et de plus précieux. Un pauvre mendiant cache soigneusement un morceau de pain, parce qu’il n’a point d’autre richesse à conserver que celle-là. Mais vous, pourquoi vous abaisser à des soins semblables, et prodiguer misérablement ainsi vos labeurs et vos peines ? Ne savez-vous pas que vous avez une autre possession et une autre richesse à conserver ? Et si vous pensez qu’elle soit encore éloignée, vous êtes dans l’erreur. Il n’y a rien qui soit si proche de nous, que ce qui est en nous. Peut-être me direz-vous, que si cette possession n’est pas loin de vous, du moins elle nous est inutile, et que vous avez besoin, d’en chercher une autre en cette vie, qui vous satisfasse davantage. Vous vous abusez étrangement. Car vous trouverez la satisfaction et le repos que vous cherchez dans ce trésor inestimable que vous avez au milieu de vous, vous ne le trouverez même que là. Pensez-vous qu’il ne réclame pas tous vos soins, ou qu’il ne réponde pas assez, à votre attente, ou bien vous imaginez-vous que cette possession est en sûreté, et qu’il n’est pas besoin que vous vous mettiez en peine de la conserver ? Sachez que tous ces sentiments sont étrangement contraires à la raison, car c’est principalement là qu’il est vrai de dire : Que l’homme ne pourra recueillir que ce qu’il aura semé (Gal. VI, 8). Celui qui aura semé avec épargne ne pourra faire une abondante récolte, et celui qui aura semé libéralement et avec bénédiction, sera assuré de recueillir avec la même bénédiction, en sorte qu’un grain lui en rendra trente, un autre soixante, un autre cent. Mais vous n’avez ce trésor dont je vous parle, que dans des vaisseaux de terre, si toutefois vous l’avez encore, car je crains bien que vous ne l’ayez perdu, qu’on vous l’ait déjà ravi, que des étrangers aient déjà consumé toutes vos ressources, sans que vous vous en soyez même aperçus. Et ce qui fait que vous ne pouvez pas maintenant appliquer votre cœur à votre trésor, c’est que vous l’avez peut-être perdu. S’il en est autrement, je vous conjure, si vous êtes si intéressés que vous ne veuillez pas perdre les choses même de la plus mince valeur et que vous croyiez devoir apporter tant de prudence à conserver de la paille même, de ne pas négliger de conserver le bon grain qui est dans vos greniers. Puisque vous tenez tant à un vil fumier, ne vous exposez point à perdre un véritable trésor. Il y en a peut-être mille qui vous envient, la possession des biens temporel mais il y en a dix mille qui s’efforcent de vous ravir les biens spirituels et ceux-ci ne surpassent pas moins les premiers par leurs artifices et leur cruauté que par leur nombre. « Il en tombera, dit le Prophète, mille à votre gauche et dix mille à votre droite. » Tournez de ce côté les yeux de la foi afin d’observer vos ennemis. Ils se sont peut-être déjà emparés de tous les passages. Peut-être font-ils déjà du dégât, et emportent-ils leur butin en toute liberté. Peut-être se partagent-ils déjà les dépouilles qu’ils ont faites. Pourquoi vous attachez-vous à défendre votre gauche avec tant de soin ? on ne croirait pas à vous voir que ces biens sont à gauche pour vous, mais en face, car vous les avez toujours devant les yeux, et ils vous sont tellement chers, que vous ne pensez pas vous attaquer à la main gauche, mais que c’est vous blesser à la prunelle des yeux que de toucher à ces sortes de biens.

15. Mais prenez garde, qui que vous soyez qui négligez ces biens qui sont à votre main droite, et qui faites tant de cas de ceux qui sont à votre gauche, que Dieu ne vous place pas avec les boucs à cette gauche que vous avez choisie (Matth. XXV, 32). Cette parole, mes chers frères, est terrible, et ce n’est pas sans sujet que vous en êtes épouvantés. Mais il n’est pas moins nécessaire de prendre garde à. ne pas mériter cette condamnation, qu’il est juste de la craindre. Notre Seigneur Jésus-Christ, au temps de sa Passion, après tous les effets inestimables de sa bonté pour nous, voulut encore qu’on lui perçât le côté droit, pour nous signifier que c’était seulement de ce côté-là, qu’il voulait épancher sur nous ses bénédictions et ses grâces; et que c’était seulement en ce côté là qu’il voulait nous préparer un lieu de refuge. Que je m’estimerais heureux d’être une de ces colombes qui se retirent dans les trous de la pierre, dans les ouvertures du côté droit de Jésus-Christ ! Observez, avec moi, que notre Seigneur ne sentit pas cette blessure qu’on lui fit au côté droit, attendu qu’il ne voulut la recevoir qu’après s’être endormi dans la mort, pour nous apprendre, par cette circonstance si mystérieuse, que tandis que nous vivons, nous devons toujours veiller à la défense de ce côté, et qu’il faut tenir une âme pour morte, lorsqu’elle reçoit quelque blessure de ce côté-là, sans en témoigner quelque douleur, et avec une insensibilité pernicieuse. C’est avec beaucoup de raison aussi que le cœur de l’homme est situé à gauche, puisque ses affections penchent toujours et sont toujours portées du côté de la terre. Le prophète qui gémissait dans un profond sentiment des misères de cette vie (Eccli. X), n’ignorait pas cette vérité, lorsqu’il s’écriait : « Mon âme s’est attachée à la terre : Faites-moi vivre selon votre parole (Psal. CXVIII, 25) : » et un autre prophète qui disant : « Elevons nos cœurs et nos mains vers Dieu (Thren III, 41), » voulait nous empêcher de demeurer où il voyait que la disposition terrestre de notre nature, et le poids de nos inclinations nous font toujours descendre. Il est manifeste qu’il avait dessein de nous porter, par ces paroles, à détacher nos cœurs des choses de la terre représentées par la main gauche, et de les élever aux choses du ciel figurées par la droite. Les soldats de la terre ne portent de boucliers que du côté gauche: il ne faut pas que nous les imitions si nous ne voulons pas être confondus avec ceux qui combattent visiblement pour ce siècle, et non pour Jésus-Christ. « Quiconque, dit l’Apôtre, combat pour Dieu, ne s’engage pas dans les affaires du siècle (II Thren. II, 4); » c’est-à-dire porte son bouclier à droite, au lieu de le porter à gauche.

16. Cependant, mes frères, si vous vous souvenez des instructions que vous avez reçues, vous remarquerez que nous ne laissons pas d’avoir besoin de nous couvrir et de nous défendre des deus côtés, selon cette parole du prophète : « Sa vérité vous couvrira et vous environnera de tous côtés comme un bouclier. » Et l’apôtre dit que nous devons combattre « par les armes de la justice, à droite et à gauche (Corinth, VI, 7). » Mais écoutons celui qui est la justice même, pour apprendre les différentes manières dont nous devons, combattre selon le côté. Or tantôt il nous dit par son apôtre : « Ne vous défendez pas, mes frères, mais cédez à la colère. (Rom. XII, 19) : » et ailleurs : « C’est par la patience que vous posséderez vos âmes (Luc. XI, 19), » et encore : « Ne donnez pas lieu au démon de prendre quelque avantage sur vous (Ephes. IV, 27) : » et enfin : « Résistez au démon, et il s’éloignera de vous (Jac. IV, 7). » Ecoutez maintenant comment l’Apôtre nous enseigne à défendre l’un et l’autre côté en même temps : « Ayez soin, dit-il, des choses qui sont bonnes, non-seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes (Corinth. VIII, 21) : car c’est la volonté de Dieu qu’en faisant toujours bien, non-seulement vous rendiez inutiles l’envie et la haine des esprits malins, « mais que vous confondiez encore l’ignorance des hommes imprudents (I Petr. II, 15). » Mais cette protection nous sera-t-elle éternellement nécessaire, et nos ennemis nous attaqueront-ils toujours de tous côtés à la fois ? Non sans doute : car il arrivera un temps, où non-seulement ils n’auront plus la force de rien entreprendre sur nous, mais encore où ils ne pourront pas même tenir en notre présence, selon cette promesse : « Il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite : « car alors la malice des hommes n’aura plus de prise sur nous, et pour ce qui est des démons, nous n’en craindrons pas plus les légions entières que des troupes de vers ou de mouches. Nous ne les regarderons plus que comme les enfants d’Israël, après avoir passé la mer Rouge, regardaient les Egyptiens étendus de tous côtés sur le sable, et considéraient leurs chariots qui se perdaient au fond de l’eau. Nous chanterons comme eux au Seigneur des cantiques de louanges, mais avec beaucoup plus de sécurité et de joie que ne le faisaient les israélites, de ce qu’il se sera glorifié lui-même, en précipitant nos ennemis avec toutes leurs forces et toutes leurs armes au fond même de l’abîme.

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
Septième sermon


Juin – Psaume 90,7 – 6-11

Mois de juin

« Il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite; mais leurs coups n’approcheront point de vous (Ps. 90, 7, 6-11) »

Ecoutons Saint Bernard – Sermon 7 sur le psaume 90, sections 6 à 11

Psaume 90,7-26. Que celui donc qui s’approche tous les jours du port du salut par ses pensées et par ses ardents désirs, que celui qui s’attache avec l’ancre inébranlable de l’espérance à cette terre, objet de tous ses vœux, se rende attentif à cette promesse, tout le temps qu’elle doit combattre sur la terre, en attendant que Dieu change l’état où elle est. Le genre de vie que vous menez est le moyen lé plus sûr, le principal moyen de vous rapprocher de ce port où vous voulez atteindre. En demeurant fidèle à votre vocation, et en vous sanctifiant par le secours des grâces que Dieu vous fait, vous vous préparez tous les jours à sortir de cette vie pour entrer dans ce port. Ces deux choses, la vocation de Dieu, et la sanctification de nos âmes par la grâce, ont une sorte de liaison et de rapport qui ne sauraient nous tromper avec l’éternelle félicité que nous attendons. L’éternité de ses décrets est liée à l’éternité de notre bonheur. Ces deux éternités sont inséparables et dépendantes l’une de l’autre ; et comme notre prédestination n’a point eu de commencement en Dieu, ainsi la gloire à laquelle nous serons élevés n’aura jamais de fin. Mais ne pensez pas que cette union et cette dépendance réciproques de ces deux éternités dont je viens de vous parler, soient une invention de mon esprit. Ecoutez ce qu’en dit l’Apôtre, et voyez comme il nous enseigne la même chose en termes extrêmement clairs : « Ceux qu’il a connus et aimés, dit-il, avant tous les temps, il les a prédestinés pour les rendre conformes et semblables à son Fils (Rom. VIII, 10). » Comment et dans quel ordre pensez-vous qu’il les doit élever à la gloire ? Car il fait toutes choses avec ordre. Pensez-vous pouvoir arriver d’un bond de la prédestination à la gloire? Assurez-vous un passage de l’une à l’autre, ou plutôt, puisque Dieu vous l’a préparé, mettez-le à profit. « Il a appelé, dit l’Apôtre, ceux qu’il a prédestinés : il a justifié ceux qu’il a appelés, et il a donné sa gloire à ceux qu’il a justifiés.»

7. Il y a certainement des hommes qui trouvent cette voie bonne ils ont raison; car elle l’est, et nous ne devons pas craindre sur l’issue où elle aboutit. Le terme de cette voie ne vous doit jamais être suspect. Vous devez la suivre avec assurance, et avec d’autant plus d’ardeur, que vous êtes plus certains que chaque pas vous approche du repos qui doit heureusement terminer votre travail. » Faites pénitence, dit Notre-Seigneur, car le royaume des cieux approche (Matt. III, 2 ).» Mais vous me direz peut-être : « le royaume des cieux demande qu’on lui fasse violence, et il n’y a que les violents qui l’emportent. » Je n’y saurais arriver qu’en passant à travers des troupes d’ennemis. Il y a des géants au milieu du chemin, ils sont répandus dans l’air même, ils assiègent tous les passages, ils dressent des embûches à tous ceux qui passent. Mais allez toujours avec confiance. Ne vous laissez pas surmonter par la crainte. Vos ennemis sont forts. Ils sont nombreux. Mais il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite. » Ils tomberont de tous côtés, pour être éternellement hors d’état de vous nuire, et ce n’est pas assez pour être hors d’état même de jamais approcher de vous. A la vérité, l’auteur du péché, en voyant cela, redoublera de fureur et vous prendra en flanc, mais la miséricorde infinie, de Dieu aura soin de le prévenir, de vous accompagner en vous gardant, comme j’ai déjà dit, au moment où vous sortirez de cette vie. Sans cette protection divine, comment les forces humaines pourraient-elles résister au choc de ces esprits malins, et comment les hommes ne seraient-ils pas renversés par l’excès de leur frayeur?

8. En quelle consternation pensez-vous, mes frères, que vous tomberiez, s’il était permis à un seul de ces esprits de ténèbres d’exercer toute sa fureur parmi vous, et de vous épouvanter, en vous apparaissant sous des figures monstrueuses ? Qui d’entre nous aurait assez de résolution pour le regarder, sans que ses sens et son imagination n’en fussent troublés ? Vous vous rappelez que, il n’y a pas longtemps, un religieux parmi nous, qui s’était réveillé pendant la nuit, fut tellement troublé par la vue d’un fantôme, qu’il pût à peine recouvrer l’usage de la raison, et qu’on eut bien du mal à le rassurer. Vous fûtes vous-mêmes tout épouvantés par le cri terrible qu’il poussa dans sa frayeur. Véritablement vous devez être confus de ce que, en cette rencontre, la foi parut endormie en vous jusqu’à ce point, quoiqu’à la vérité cela soit arrivé pendant le temps de votre sommeil. Mais sans doute, Dieu permit que cet accident arrivât pour nous avertir de considérer, avec tout le soin possible, quels ennemis nous avons à combattre, de peur que nous ne perdions de vue la haine qui les anima, ou que nous lui manquions de reconnaissance pour la protection divine. Il est certain que c’est la violente jalousie dont ces ennemis sont arrimés, qui les fait entrer dans une telle fureur contre nous. Leur malice invétérée redouble, surtout pendant ces saints jours, et témoigne assez combien votre ferveur est pour eux un supplice insupportable. Ils exercent de même leur jalousie furieuse contre les saints, mais avec plus d’efforts que jamais, lorsqu’ils sont sur le point de sortir du monde. Toutefois, ce n’est que de flanc, pour ainsi dire, qu’ils les attaquent, car Dieu ne leur permet pas de le faire ni de les surprendre par derrière.

9. Mais du reste, bien loin de semer les obstacles sur votre chemin, ils n’approcheront même pas de vous. Non-seulement ils n’oseront pas vous joindre pour vous blesser, mais ils ne pourront pas seulement se tenir près de vous pour vous effrayer. Peut-être craignez-vous d’être tout à coup saisis de frayeurs extrêmes, à la vue des formes monstrueuses, et des hideuses figures sous lesquelles ils peuvent se présenter à vous. Mais soyez certains que vous serez toujours assistés par ce consolateur excellent dont il est écrit. : « Les peuples d’Éthiopie se prosterneront devant lui, et ses ennemis mordront la poussière (Psal. LXXI, 9). » Certainement l’esprit malin sera réduit à rien en sa présence, et ceux qui le craignent seront dans la gloire.

Sauveur Jésus, tant que vous serez présent, quel que soit le nombre des ennemis qui viennent nous attaquer, que non-seulement ils nous attaquent, mais qu’ils fondent sur nous avec furie : qu’ils nous assaillent de toutes parts : ils s’écrouleront et s’évanouiront en la présence du Seigneur, comme la cire se fond à l’approche du feu (Psal. XXII, 4). Quelle crainte aurai-je donc d’ennemis qui tomberont en défaillance ? Quelle frayeur pourront m’inspirer des adversaires qui trembleront eux-mêmes ? Quelle appréhension pourront-ils faire naître en moi, quand je les verrai tomber à mes pieds ? Seigneur mon Dieu, je marcherais au milieu des ombres de la nuit, sans craindre aucun accident si vous étiez toujours avec moi ! car le jour commencera bientôt à paraître, les ombres vont bientôt se dissiper et les princes des ténèbres vont tomber de côté et d’autre. Si maintenant que nous marchons dans l’obscurité de la foi, et parmi, les suggestions malignes et cachées de nos ennemis, si maintenant que nous sommes éloignés de toute lumière, notre foi ne laisse pas d’être victorieuse, avec quelle facilité pensez-vous que la connaissance parfaite de la vérité qui nous sera totalement découverte, ferai disparaître ces images affreuses qui ne peuvent subsister que dans les ténèbres.

Et ne vous mettez pas en peine du nombre de vos ennemis. N’ayez pas peur de leur multitude. Souvenez-vous qu’au premier commandement du Sauveur (Matth. VIII, 32), une légion tout entière de démons se retira du corps d’un homme qui en était possédé depuis longtemps déjà, et n’osa point, sans son ordre, entrer dans le corps même de vils pourceaux où elle voulait se réfugier. A combien plus forte raison, sous la conduite de ce même Sauveur, tous nos ennemis seront-ils renversés de quelque côté qu’ils viennent, et forcés de s’écrier avec un étonnement et une confusion extrême : « Quelle est cette âme qui monte comme l’Aurore à son lever, belle comme la lune, pure comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille (Cant. VI, 9) ? » Dans cet état glorieux, vous serez intrépides et tout à fait dégagés de craintes, et vous ne serez occupés qu’à rendre grâces à Dieu, et qu’à lui donner des louanges, en regardant avec tranquillité la confusion et la ruine de vos ennemis. Il est certain que vous n’aurez plus alors aucune attaque à soutenir. Vous ne craindrez plus la fureur de ces auteurs du péché; mais vous pourrez voir quelle est leur punition.

10. Toutes les choses que je viens de vous dire sembleraient pouvoir suffire pour aujourd’hui. Mais je crois que plusieurs d’entre vous attendent quelque chose de plus : si je ne me trompe, ceux qui sont plus désireux de s’instruire ont envie de savoir ce que veut dire le Prophète par ces paroles : « Il en tombera dix mille à votre droite et mille à votre gauche, » (car je ne pense pas qu’on doive entendre autre chose que le côté gauche, par ce mot de côté, qui est mis sans addition, puisque, le droit est nommé après). Sans doute aussi, ce n’est que par la raison de quelque mystère particulier qu’il est dit, qu’il tombera plusieurs ennemis à la main gauche ; mais qu’il en tombera bien davantage à la main droite. Mais ce serait tout à fait manquer de lumière et, d’esprit que de s’imaginer que ces deux nombres mille et dix mille ont été mis en ce lieu, sans aucun dessein de comparer le plus grand avec le plus petit. Ce n’est pas ainsi que nous avons accoutumé de prendre les paroles de l’Ecriture-Sainte, ni que l’Eglise les entend. Ces paroles donc : Il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite : signifient que les ennemis du salut ont coutume d’attaquer l’aile droite, et de faire des entreprises et des efforts de ce côté, avec une plus grande et plus violente méchanceté, et comme avec de plus fortes et plus nombreuses troupes. Et si nous considérons le grand corps de l’Eglise, nous reconnaîtrons aisément que les hommes spirituels sont attaqués avec bien plus de violence que les charnels. Et je pense que ce sont ces deux sortes de gens que distinguent le côté droit et le côté gauche. Evidemment la malice superbe, jalouse de notre ennemi, le porte à faire de plus violents efforts contre les plus parfaits que contre les autres, selon cette parole de l’Ecriture : « Il veut se nourrir de viandes exquises (Habac. III, 16). » Et selon cette autre parole de Job : « Il absorbera les fleuves, et ne s’étonnera point, et il a la confiance, que les eaux du Jourdain couleront dans sa bouche (Job. XL, 8). » Voilà comment cet ennemi fait la guerre aux élus. Mais ce n’est pas sans une disposition particulière de la Providence, qui ne permet pas qu’il tente les plus imparfaits au delà de ce qu’ils peuvent supporter, et leur fait même tirer beaucoup de fruit des tentations, et qui prépare, par ce moyen, aux plus parfaits, de plus glorieux et de plus nombreux triomphes. Tous les élus seront donc également couronnés, puisqu’ils auront légitimement combattu aux deux ailes, et renversé les ennemis, et qu’on aura vu renverser chaque jour mille ennemis à gauche et dix mille à droite. Ce fut en figure de ces heureux succès de l’Eglise militante, que les femmes d’Israël, après que David eut signalé son courage et sa force, et avant que la réprobation de Saül eut été déclarée en Israël, chantaient en chœur : « Saül en a tué mille, et David dix mille (Reg. XVIII, 7). »

11. Mais si vous aimez mieux rapporter cette victoire des enfants de Dieu à chacun en particulier plutôt qu’à l’Eglise en général, vous pouvez lui donner encore en ce sens une interprétation spirituelle, en consultant votre propre expérience. Nos ennemis s’appliquent avec beaucoup plus de vigilance et de soin, et mettent en usage beaucoup plus d’adresse et de tromperie, contre notre droite, que contre notre gauche, et se proposent bien plus ardemment de nous faire souffrir des pertes du côté de l’âme que du côté du corps. A la vérité, ces esprits méchants envient aux hommes aussi bien les prospérités corporelles que les spirituelles, et travaillent à les priver non-seulement du bonheur éternel, mais même du simple bonheur temporel. Mais il est hors de doute qu’ils s’attachent avec beaucoup plus d’ardeur à les priver de la rosée du ciel, que de la graisse de la terre.

Je laisse à votre jugement de décider si cette comparaison des deux parties dont l’homme se compose au côté droit et au côté gauche est juste ? Toutefois, je ne crains pas d’être repris si j’attribue les biens spirituels à la droite, et les charnels à la gauche, par vous surtout, qui avez toujours eu un si grand soin de ne pas confondre cette main droite avec la gauche, ni la main gauche avec la droite. D’ailleurs la sagesse divine autorise assez ma pensée, en plaçant dans sa main gauche les richesses et la gloire, et dans sa droite l’éternité de la vie (Pror. III, 16). Il vous serait sans doute extrêmement préjudiciable d’ignorer par quel endroit la multitude opiniâtre de vos ennemis veut vous assaillir avec plus d’ardeur et de violence. Car il faut résister avec plus de vigueur et de courage du côté où la nécessité de se défendre se fait sentir davantage, où se porte tout l’effort de la guerre, où doit se décider la lutte, où les vaincus doivent trouver une servitude pleine de honte et d’ignominie, et les vainqueurs recevoir la gloire du triomphe.

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
Septième sermon


Solennités en juin

Cette page indique uniquement les Solennités et autres fêtes ou particularités du mois.
En dehors de ces jours, consulter les Horaires Messes et Offices

JEUDI 3 JUIN – Anniversaire de la Dédicace de notre église – Solennité

Horaire du dimanche, messe à 10h

VENDREDI 11 JUIN – Sacré Coeur – Solennité

Horaire du dimanche – Messe à 10h

SAMEDI 12 JUIN – Coeur Immaculé de Marie – Mémoire

– 11h00 : Messe pour la Paix
– 14h00 : None
– 14h15 à 17h00 : Adoration
– 17h15 : Vêpres

MARDI 29 JUIN – Saint Pierre et Saint Paul – Apôtres – Solennité

Horaire habituel – Messe à 8h30

N.B. – tous les lundis jour de désert, messe lue, vêpres à 18h

Calendrier du mois : Messes-Juin-2021  


Mai – Psaume 90,7 – 1-5

Mois de mai

« Il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite; mais leurs coups n’approcheront point de vous (Ps. 90, 7, 1-5) »

Ecoutons Saint Bernard – Sermon 7 sur le psaume 90, sections 1 à 5

Psaume 90,71. Nous vivons dans l’espérance, mes frères, et nous ne manquons point de courage dans les afflictions présentes, parce que nous sommes dans l’attente de joies qui ne doivent jamais finir. Cette attente ne peut pas être vaine, et notre espérance ne doit pas nous paraître douteuse, puisqu’elle est appuyée sur les promesses de l’éternelle vérité. Les biens que nous recevons de Dieu dans la présente nous donnent sujet d’attendre avec confiance, les biens qu’il nous a promis dans l’autre. La puissance et la vertu de sa grâce nous est un témoignage assuré qu’elle sera suivie de la félicité et de la gloire qu’il nous a promises. Le Seigneur des vertus est en même temps le roi de gloire, et dans une de nos hymnes, nous l’appelons le Père de la gloire éternelle, et le Père de la grâce toute puissante, et c’est de lui que nous chantons dans un psaume : « Dieu aime la miséricorde et la vérité. Le Seigneur nous donnera, la grâce et la gloire (Psal. LXXXIII, 12) ». Que la piété nous fasse donc soutenir courageusement la lutte en cette vie, et nous fasse souffrir avec une âme égale et tranquille, toutes sortes de persécutions. Pourquoi cette piété n’aurait-elle pas la force de nous faire supporter les choses les plus difficiles, elle est utile à tout et c’est à elle que, les biens de la vie présente, ainsi que ceux de la vie future ont été promis ( I Tim. IV, 8) ? Que notre âme résiste courageusement à l’ennemi, elle a un défenseur qui ne se lassera pas de la secourir, et qui lui donnera des récompenses dignes de sa libéralité, lorsqu’elle aura triomphé de la tentation. « Sa vérité, est-il dit, nous couvrira comme un bouclier. »

2. L’invincible protection de la vérité est, sans doute, absolument nécessaire, non-seulement tant que notre âme demeure eu cette chair, mais encore lorsqu’elle est sur le point d’en sortir. Elle en a besoin maintenant, à cause des attaques périlleuses qu’elle a à soutenir ; et dans cette dernière heure elle en aura encore un extrême besoin, à cause, des esprits malins qui se présenteront à elle d’une manière épouvantable et monstrueuse. L’ennemi fit les derniers efforts contre l’âme toute sainte du glorieux saint Martin, et cette bête cruelle sachant qu’il ne lui restait plus guère de temps (quoiqu’il n’y eût rien en ce serviteur de Dieu qui lui appartint), ne craignit point néanmoins de se présenter à lui, et de l’attaquer avec toute la fureur de sa malice infatigable. Que dis-je, n’a-t-il pas eu l’imprudente audace d’attaquer le Roi même de gloire, comme il le témoigne dans ces paroles : « Le prince de ce monde est venu contre moi, et il n’y a rien trouvé qui lui appartint (Joan. XIV, 30). » Heureuse l’âme qui durant le cours de cette vie aura repoussé les traits des tentations avec le bouclier de la vérité ; et qui, ne souffrant pas que rien de mortel et d’empoisonné pénètre en elle, ne craint point d’être confondue, lorsqu’elle dira à ses ennemis, en sortant du monde : Ennemi pervers, tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne. Heureux le fidèle que le bouclier de la vérité environne et couvre de telle sorte qu’il le protège à son entrée et à sa sortie, j’entends à sa sortie de ce monde, et à son entrée dans l’autre. Oui, il est bien heureux que l’ennemi ne puisse rien entreprendre contre lui par derrière, ni l’attaquer ouvertement. Certainement alors l’âme n’aura pas moins besoin d’un conducteur fidèle, d’un consolateur puissant contre les visions horribles qui se présenteront à elle, qu’elle n’a besoin maintenant d’un aide et d’un défenseur contre les tentations invisibles dont elle est attaquée.

3. Il faut donc, mes très-chers frères, que vous glorifiiez Jésus-Christ, et que vous le portiez en votre corps. Ce fardeau est agréable, ce poids est doux à porter, cette charge est salutaire. S’il semble qu’on en soit quelquefois accablé, si Jésus-Christ nous flagelle quelquefois et se fait rudement sentir à ceux qui regimbent contre l’aiguillon, s’il nous traite quelquefois comme on traite ces chevaux que l’on dompte avec le mords et la bride, c’est toujours un bonheur pour nous ; soyez donc entre ses mains comme un animal qui n’est fait que pour le porter, ou plutôt ne soyez point tout à fait comme la bête de somme. « L’homme, dit le Prophète, étant en honneur, n’a pas compris la dignité de sa condition, il a été comparé à des animaux incapables de raisonner, et il leur est devenu semblable (Psal. XLVIII, 13). » Pourquoi pensez-vous que le Prophète, dans ce verset, plaint si fort l’homme, ou lui fait un si grand reproche de ce qu’il est semblable à des bêtes de service ; puisque l’on voit dans un autre endroit, qu’il dit à Dieu, avec un témoignage particulier de reconnaissance et de joie : « Je suis devenu comme une bête de somme entre vos mains, et je suis toujours en votre présence (Psal. LXXII, 23). » Je pense, ou plutôt je crois, je suis sûr même qu’il y a une certaine ressemblance avec les bêtes que l’homme doit ambitionner. Mais ce n’est pas celle qui consiste à n’avoir ni intelligence ni sagesse ; c’est celle qui consiste seulement à souffrir, à l’exemple de ces bêtes. Car le prophète n’aurait point parlé aux hommes, en les reprenant, ou en les plaignant de leur condition, s’il avait dit : l’homme étant sous le fardeau dont Dieu l’a chargé, ne lui a point fait de résistance. Il a été sous sa main comme un animal doux et soumis. Qui est celui d’entre nous qui n’aurait pas porté beaucoup d’envie à cet animal sur lequel notre Sauveur daigna monter, pour rendre plus recommandable aux hommes son ineffable douceur, si cet animal avait eu l’intelligence de l’homme, et avait connu l’honneur qu’il avait de porter une charge si précieuse ? Soyez donc, mes frères, sous la main de Dieu comme des animaux, mais sans leur ressembler en tout point, soutenez avec patience le fardeau que l’on vous impose, mais reconnaissez l’honneur qui vous est fait. Considérez, avec sagesse et avec bonheur, quelle est la charge que vous portez, et quel avantage vous en devez tirer.

4. Le grand Ignace, notre martyr qui a eu le bonheur d’être instruit par le disciple que Jésus aimait, et dont les précieuses reliques enrichissent notre pauvreté, se plait à donner à une certaine (a) Marie, dans plusieurs des lettres qu’il lui a écrites, le nom de Christophore. Ce fut sans doute pour elle, une merveilleuse dignité et un honneur immense, d’avoir porté le Sauveur du monde ; car si c’est régner que de le servir, ce n’est pas avoir une charge pesante que de le porter, mais c’est être comblé de gloire. Y avait-il sujet de craindre que l’animal sur lequel était monté le Sauveur, vînt à défaillir, sous son fardeau, qu’il ne fût dévoré par les loups, ou ne tombât entre les mains des voleurs ou dans les précipices, ou quelque autre péril pendant qu’elle était conduite par le Sauveur du monde? Heureux l’homme qui porte Jésus-Christ, de telle sorte qu’il se rend digne d’être conduit par ce Saint des saints, dans la cité sainte et glorieuse du ciel ! Non, non, il n’a pas à craindre de rencontrer d’obstacles dans la voie où il marche, ni d’être arrêté à la porte de la cité céleste, car, de même que les peuples préparent le chemin à cet animal, ainsi les saints anges préparent la voie du salut à chacun des élus, selon cette parole du Prophète : « Il a commandé à ses anges de vous garder dans toutes vos voies, de crainte que vous ne heurtiez les pieds contre quelque pierre. « Mais il ne faut pas encore expliquer ce verset, il faut plutôt suivre l’ordre de l’Ecriture dans notre explication.

a Plusieurs éditions, même les plus anciennes, portent ici simplement : « Marie, » mais les manuscrits ajoutent « une certaine, » avec raison, selon nous, puisque dans cet endroit il ne s’agit pas de Marie, très-sainte Mère de Dieu, mais d’une Marie surnommée Cassabolite, ou Castabolite, à qui saint Ignace a écrit deux lettres que nous avons encore, et dans lesquelles il lui donne le nom de Christophore, épithète que nous retrouvons également dans une autre lettre du même saint Ignace à la mère de Dieu. En tout cas, il n’est question ici que de la Marie à qui furent écrites deux lettres qu’on regardait au temps de saint Bernard comme étant de saint Ignace.

5. « Il en tombera mille à votre gauche et dix mille à votre droite et l’ennemi n’approchera point de vous. » Vous savez que c’est de ce verset que je dois vous entretenir aujourd’hui. Dans le verset précédent, que je vous ai expliqué la dernière fois, je vous ai montré, si vous vous en souvenez, comment la protection de la vérité nous délivre des quatre plus grandes et plus fâcheuses tentations, c’est-à-dire, des frayeurs qui surprennent durant la nuit, de la flèche qui vole durant le jour, des entreprises qui se font dans les ténèbres, et des attaques du démon du midi. Ce qui suit : « Il en tombera mille à votre gauche, et dix mille à votre droite, » semble plutôt regarder l’autre vie que celle-ci. C’est pourquoi je vous ai rappelé au commencement de ce discours (comme je pense que vous vous en souvenez), ce que nous dit l’Apôtre, que la piété est utile à tout, et que c’est à elle que les biens de la vie future ont été promis ( I Tim. IV, 5 ). Ecoutez donc maintenant, mais écoutez dans la joie de votre cœur, les promesses qui regardent la vie, éternelle, et qui doivent être l’objet de votre attente et de vos désirs. Il faut que votre cœur soit où est votre trésor. Je me souviens bien que vous avez écouté avec une attention particulière, ce que je vous ai dit de la vie présente. Mais vous devez m’écouter avec plus d’attention encore, quand je vous parle des choses qui regardent l’autre vie. Profitez de la connaissance que vous avez de l’histoire Sainte, et n’ayez pas moins de zèle et d’amour pour les biens de l’éternité, qu’en avait le faux-prophète Balaam, qui désirait, quoiqu’il fût méchant, mourir de la mort des justes, et qui demandait que les dernières heures de sa vie fussent semblables à celles des serviteurs de Dieu, (Num. XXIII, 10). Les fruits de la piété sont si grands, la récompense des justes si abondante, que ceux mêmes qui vivent dans l’injustice et l’impiété, ne peuvent s’empêcher de les désirer. Il est vrai que les cantiques de Sion leur plaisent beaucoup moins que les saules de Babylone. C’est pourquoi avec eux, il faut suspendre les instruments de musique et répandre des larmes sur le rivage des fleuves de Babylone, et tâcher de leur persuader de pleurer et de gémir avec nous. Si nous chantons en cette vie, il faut que ce soit seulement dans les lieux où nous sommes sûrs de trouver des personnes dont les joies seront toutes spirituelles, et qui ressentent des transports d’allégresse, au son du psaltérion et au chant des cantiques de Sion. Il faut que ce soit dans la compagnie de ceux que les saints désirs remplissent d’ardeur, qui soupirent vers cette cité sainte et qui s’écrient . « Qui me donnera des ailes comme à la colombe, afin que je vole au lieu de mon repos ( Psal. LIV, 7 ). » Qu’est-ce, en effet, que tressaillir d’allégresse, sinon sortir hors de soi ? Il faut avouer que la peinture la plus agréable de la tranquillité et de la beauté d’un rivage touche bien plus au milieu des périls de la mer, ceux qui sont encore au sein de la tempête et ballottés par les flots, loin du port, presque sans espoir d’y aborder. Ainsi serons-nous moins touchés des promesses qui sont contenues clans le verset que je vous explique, parce qu’il n’y a personne encore à qui l’on puisse dire : « Mille de vos ennemis vont tomber à votre gauche, et dit mille à votre droite. » Mais rappelez-vous, à qui cette promesse est faite. C’est à celui qui a établi sa demeure dans l’assistance du Très-Haut, et qui demeurera constamment dans la protection du Dieu du ciel.

Texte intégral – Saint Bernard – Dix-sept sermons sur le psaume 90
Septième sermon